Le 28 janvier, l’Aube du Chêne a eu la chance d’accueillir Alex Grasci, éducateur de l’association Kinoa (aide et accompagnement autour de la précocité) pour un week-end de brainstorming et de formation sur l’accueil des enfants à haut potentiel intellectuel (dits encore précoces ou surdoués) en séjour de vacances… Quelques pistes de réflexion ci-dessous.

Dans cet article :

  • Qu’est-ce qu’un enfant précoce ou HPI ?
  • La précocité, un problème à l’école ?
  • Une colonie de vacances idéale pour enfants précoces ?

Qu’est-ce qu’un enfant précoce ou HPI ?

Les pédiatres, les psychologues utilisent une définition très stricte de la précocité – ou douance, ou haut potentiel intellectuel : elle correspond à une intelligence qui se situe à plus de deux écarts-types au-dessus de la moyenne, soit un QI supérieur à 130.

Cette définition comporte de nombreuses faiblesses. La mesure de l’intelligence par les tests de QI pose en soi problème. Ces tests ne mesurent que l’intelligence mathématico-spatiale et langagière, celle qui est valorisée à l’école et dans la plupart des professions d’encadrement. Mais certains spécialistes parlent maintenant d’intelligences multiples, qui ne sont pas toutes mesurées dans les tests de QI. Par ailleurs, les résultats d’un enfant aux tests de QI peuvent être affectés par différents facteurs. Ils peuvent être minorés par le stress de la performance, ou par des difficultés à se concentrer si l’enfant juge le test peu intéressant. C’est ainsi que des enfants hypersensibles, ou des enfants ayant un trouble déficit d’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H), vont « perdre des points » au test de QI, alors qu’ils auraient pu réussir les épreuves dans d’autres conditions. Inversement, il existe sur ce type de test un effet d’entraînement qui fait que la même personne peut voir son score augmenté si elle répète le test.

C’est pourquoi aucun psychiatre digne de ce nom ne diagnostiquerait un enfant comme « précoce » ou HPI sur la base du seul résultat à son test de QI – tout comme aucun bon médecin ne ferait un diagnostic quelconque sur la base de seules analyses sanguines. Le test de QI va venir alimenter un faisceau d’indices parmi lesquels la précocité de certaines acquisitions : âge précoce d’apprentissage de la parole, de la lecture… Un enfant de moins de 5 ans qui a appris à lire seul à la maison est sans doute précoce. Les centres d’intérêt de l’enfant, qui va se passionner et explorer certains domaines de l’histoire, de la science, de la littérature sont aussi des indices de « douance ».

La précocité, un problème à l’école ?

La précocité n’est pas toujours un problème à l’école, et de nombreux enfants à haut potentiel intellectuel terminent leurs études brillamment sans avoir ressenti ni posé de difficultés. Alors, pourquoi parle-t-on de « diagnostiquer » la précocité ? Pourquoi la classe-t-on avec les troubles spécifiques de l’apprentissage, comme les troubles dys (dyslexie, dyscalculie, dyspraxie, etc.) ou le TDA/H ? En quoi une intelligence supérieure à la moyenne serait-elle un trouble ?

Rappelons qu’être anormal, au sens propre du terme, c’est s’écarter de la norme. Or la norme, c’est la moyenne, donc un QI de 100. Entre 85 et 115 (plus ou moins un écart-type par rapport à la moyenne) se trouvent 66% de la population. 95% se trouvent entre 70 et 130, ce qui signifie que les précoces ne correspondent qu’à 2,5% de la population. Lorsque l’on est aussi minoritaire, on s’expose à devoir s’adapter à un environnement qui n’est pas fait pour nous. Les rythmes scolaires, les méthodes d’apprentissage, les programmes ne sont pas pensés pour les enfants précoces. Ceux-ci peuvent donc vite les trouver trop lents, pas assez stimulants, et ressentir de l’ennui, de la frustration. Un ennui qui, chez l’enfant, peut vite déboucher sur des conduites pertubatrices : interruption du cours  et du professeur, bavardages, indiscipline, agitation, hyperactivité, trouble d’opposition

Il faut aussi prendre en compte le fait que la douance n’est pas qu’une affaire d’intelligence mesurée quantitativement. Les précoces ne sont pas justes « intelligents comme les autres, mais un peu plus ». Leur fonctionnement mental est différent, ils tendent à raisonner de manière globale et non linéaire, de manière intuitive, et sont souvent hypersensibles, hyperesthésiques (plus sensibles aux sons, à la lumière, aux odeurs…) et hyperaffectifs, voire hyperémotifs. Voire hyperactifs pour certains, car la combinaison douance –TDA/H est très fréquente (entre 25 et 50% des cas). Autant de facteurs qui peuvent rendre problématiques leur intégration dans les programmes scolaires. Alex Grasci parle même à leur égard de cerveaux « décalés » voire de « cerveaux choucroute » pour désigner cette tendance à penser en arborescence de sorte qu’une pensée en amène plusieurs autres elle-même reliées à plusieurs autres… D’autres parlent de « surefficience mentale » pour désigner cette pensée en arborescence (cf. notamment l’ouvrage Je pense trop de C.Petitcollin).

Et les vacances dans tout ça ? Ces enfants précoces peuvent s’ennuyer dans une « colo » classique comme ils s’ennuient à l’école et y ressentir le même décalage par rapport aux autres, la même sensation d’être un zèbre ou un vilain petit canard. En même temps, la liberté que représente potentiellement un séjour de vacances est faite pour eux… à condition de faire quelques efforts pour adapter la conception des colonies de vacances pour accueillir les précoces. Il existe même des séjours et des colonies spécialisés pour les enfants précoces, comme ceux organisés par Kinoa. Cette formule offre énormément d’avantage aux jeunes à haut potentiel, qui peuvent ainsi se sentir moins « différents » en se rendant compte qu’ils sont loin d’être seuls, et apprendre ainsi à mieux se connaître à travers les autres.

Une autre piste, complémentaire, que nous explorons à l’Aube du Chêne, est de proposer d’accueillir ces enfants avec les autres enfants, sans les mettre à part. Après tout, ils vont en général à l’école avec les autres enfants, alors pourquoi pas en colo ou en camp de vacances ?

Une colonie de vacances idéale pour enfants précoces ?

Quelle serait alors la colo idéale pour des enfants précoces ? L’important est d’abord de leur proposer un programme qui leur permette de se sentir stimulé, donc leur laissant une grande possibilité de créativité et de liberté d’initiative, avec la possibilité d’appendre, d’explorer, de réaliser un projet qui leur tienne à cœur. Les animateurs doivent aussi être sensibilisés au caractère de ces enfants, et accueillir avec une fermeté bienveillante les manifestations d’opposition, en sachant trouver un juste milieu – offrir un cadre, une discipline, exiger le respect, sans pour autant stigmatiser l’enfant. Bref, respecter la sensibilité de l’enfant en lui apprenant à respecter celle des autres : tout un programme, qui bénéficiera aussi, à l’évidence à tous les types d’enfants, précoces ou pas.

Les jeunes « haut potentiel » pourront ainsi reprendre confiance en eux et apprendre à s’intégrer avec les autres, qui bénéficieront au passage de leur créativité et de leur différence. Finalement, il en va des cerveaux humains comme de la nature : c’est la biodiversité qui fait la richesse et l’équilibre, à condition que chacun trouve sa place, dans l’entraide, la complémentarité et la synergie. Les animateurs doivent alors veiller à utiliser des méthodes qui permettent de favoriser le vivre ensemble : nous utilisons ainsi beaucoup les jeux coopératifs, où chacun joue et gagne ensemble, sans équipe gagnante ni perdante. Les temps de régulation en grand ou petit groupe, où chacun s’exprime sur les règles de vie commune et discute, pour les résoudre, les problèmes de la vie de groupe, sont indispensables. Dans nos colos nous les appelons les « pow-wow » mais nous comptons sur les enfants pour trouver d’autres noms !