Utiliser les arts martiaux dans une pédagogie non-violente, un drôle de pari ? C’est pourtant ce que Fabien, notre animateur spécialisé, a tenté – et réussi – dans une de nos colonie de vacances.

Parole en groupe et résolution de vacances
Un temps de parole pour s’exprimer et résoudre les conflits

Au début, j’étais un peu sceptique. Pour moi, la non-violence et la résolution des conflits passaient d’abord par la parole : s’asseoir ensemble, établir une connexion en exprimant ses sentiments et ses besoins, parler en mode « je… », faire une demande à l’autre, trouver une réparation pour les torts que l’on a causés.

Seulement voilà. Pour arriver à tout cela, il faut être en état de s’exprimer sans agressivité, donc dans un minimum de calme intérieur. Or les enfants – et les adultes – qui viennent de vivre un conflit sont souvent dans un état de bouillonnement qui bloque toute régulation de l’expression de leurs émotions. C’est aussi le cas, même en dehors de toute situation directement conflictuelle, de nombreux enfants qui présentent des troubles du comportement liés à des problèmes familiaux ou scolaires passagers, ou à des problématiques structurelles : trouble d’opposition avec ou sans provocation (TOP), déficit d’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H), troubles dys… Même les enfants dits surdoués (aussi dénommés Enfants Intellectuellement Précoces ou EIP) souffrent de leur différence au quotidien, même si elle est en théorie « positive », et finissent souvent dans un état de frustration et d’opposition systématique.

Après quelques heures en groupe, comme c’est le cas en colonie de vacances, ces enfants sont en mode « chaudron », leurs capacités d’auto-contrôle sont épuisées. Je me souviens par exemple d’un petit garçon qui, lors de chaque séance de parole en groupe, exprimait son état intérieur avec les mains par le signe « éclair », alors que les autres choisissaient plus souvent le signe « soleil » (joie) ou « lune » (fatigue)… Et ses yeux, d’ailleurs, lançaient de véritables éclairs propres à transpercer ses camarades. Dès lors, comment imaginer le faire asseoir et discuter paisiblement de ses sentiments et de ses besoins ?

Communication non-violente en colonie de vacances
S’asseoir pour communiquer…

Cette difficulté à accéder à la parole comme mode d’expression des émotions semble plus fréquente chez les garçons – que ce soit dû à l’éducation ou à des différences génétiques. Elle peut être liée aussi à des causes ponctuelles – ainsi nous avons accueilli un petit garçon d’origine étrangère, qui bouillonnait lorsqu’il n’arrivait pas à comprendre ou se faire comprendre en français. Certains enfants qui n’ont pas assez fait l’apprentissage de la frustration de leurs désirs (syndrôme de l’enfant roi – enfant tyran décrit par Didier Pleux) peuvent aussi se mettre en rage lorsque, en colonie de vacances, ils doivent se soumettre à quelques règles élémentaires de vivre ensemble.

Alors, que faire face à l’enfant-chaudron ? Il doit d’abord évacuer son stress en concentrant son agressivité sur un exutoire positif. C’est pourquoi Fabien proposait à nos petits chaudrons de se défouler en mimant des mouvements de combats, issus des arts martiaux vietnamiens… et même parfois en tapant allègrement dans ses gants de boxe jusqu’à ce que d’un coup la rage retombe, le sourire revienne et avec lui l’accès à la parole.

Alors seulement, le corps apaisé, l’esprit recentré et les émotions canalisées, les petits chaudrons peuvent faire marcher leur néo-cortex pour résoudre leurs conflits et faire la paix avec les autres… et avec eux-mêmes. Une méthode sûrement valable pour les adultes, et peut-être plus intéressante que le traditionnel « va taper dans un oreiller pour te défouler », qui certes offre un exutoire mais qui n’a pas l’intérêt de permettre la concentration. Or la concentration amène la montée de la dopamine, qui va aider le cerveau à se mettre en mode « régulation ».

Relaxation pour la résolution de conflits
Arriver au calme intérieur

Ce vécu illustre bien le fait que la non-violence ne consiste pas à nier la violence, mais bien à la reconnaître, pour la canaliser et la maîtriser.
Par ailleurs, Fabien m’a permit de découvrir un excellent livre qui apporte de très bons outils dans cet optique : Martial-Art-Thérapie : La violence apprivoisée

Alors, merci Fabien et les arts martiaux !

Lien vers le blog de Fabien, www.passionmartiale.com