Le stress des enfants et adolescents

Le stress ou l’anxiété se développent aujourd’hui chez des enfants et ados de plus en plus jeunes, au lycée et même au collège voire à l’école primaire. C’est une nouveauté : dans la génération précédente, les collégiens ou lycéens pouvaient être stressés dans les mois précédent le Brevet ou le Bac. Mais pas, ou exceptionnellement, à longueur d’année. La crise et la dévalorisation des diplômes est passée par là.

Ce stress s’apparente, chez beaucoup de ces jeunes, à une anxiété de performance : vais-je réussir à la hauteur des attentes de mes parents, des exigences de la société, vais-je avoir une chance dans la compétition globale ? Certains parents provoquent ce stress chez leur enfant ou leur ado, en étant trop anxieux ou exigeants quant à leur avenir ou leurs résultats scolaires. Mais d’autres s’étonnent de voir leur enfant ou ado angoissés, alors qu’eux-mêmes ne lui mettent pas de pression.

Les jeunes ne sont pas élevés que par leurs parents, ils subissent l’influence d’une culture ambiante. Et la nôtre est axée sur la compétition, le rêve de la notoriété, sur fonds d’angoisse liée à la mise en avant du chômage des jeunes. L’école a permis une démocratisation des diplômes, qui ne garantissent plus l’accès à une carrière stable, et qui sont souvent dévalorisés sur le marché du travail. Les jeunes ont l’impression que leurs efforts seront vains, ils perdent confiance en eux, dans leur capacité à maîtriser leur destin. Seule solution : être dans les tous premiers de la classe… ce qui par définition ne sera pas possible pour tous !

Les enfants précoces et à haut potentiel intellectuel, paradoxalement, souffrent tout particulièrement de ce stress en raison de la pression et des attentes qui pèsent parfois sur eux.

Que peuvent faire les parents face à ce stress des ados, voire des plus jeunes enfants ?

La tentation est bien sûr d’encourager, de mettre en avant les qualités de son enfant pour restaurer sa confiance en soi : tu peux le faire, tu vas y arriver, tu es doué ! Mais est-ce vraiment efficace ?

Les compliments qui encouragent et ceux qui découragent

Nous avons importé la culture américaine du “You can do it”, qui sous compliment encouragementcouvert d’optimisme peut être anxiogène. Ainsi, on cherche à augmenter la confiance en soi des enfants en insistant sur leurs capacités : « tu vas y arriver, tu es doué, intelligent, tu as tout pour réussir… » A la base, c’est bien sûr une bonne idée, mais à la longue, cela peut devenir aussi une source de stress chez les jeunes.

Des expériences de psychologie ont comparé trois types de compliments pour voir lesquels encouragent le plus à avancer.

Les compliments qui mettent la pression

Les compliments moins efficaces visent les qualités : “tu es travailleur, doué, gentil…”. Ils mettent une pression sur l’enfant qui peut finir par se décourager, surtout s’il traverse une période difficile. Il va alors comparer ses résultats avec ces compliments, et ce décalage va créer une sorte de culpabilité, liée à la peur de décevoir toutes ces attentes. De toutes façons, intérieurement, il sait bien qu’il n’est pas toujours travailleur, doué ou gentil. Face à l’image brillante que lui renvoient ses parents, et parfois ses professeurs ou amis « Oh toi, de toutes façons, tu peux tout réussir », l’échec va lui paraître insupportable, terrifiant. Il peut alors rester en-dessous de son potentiel, ne tenter que des choses qu’il est sûr de réussir, comme l’explique Léa, 25 ans : « A la sortie de la prépa, j’ai tenté plusieurs concours, mais je n’ai pas osé les écoles les plus prestigieuses. En réalité, j’avais des chances d’y être admise, disons 50%. Je me rends compte maintenant que je me suis limitée aux écoles de second rang, pour ne courir aucun risque de refus… Maintenant je regrette de ne pas avoir eu plus confiance. » Le moindre échec entraînera ainsi un effondrement. Mais paradoxalement, certains enfants à qui l’on répète trop qu’ils sont sages, travailleurs ou « gentils » peuvent finir par se mettre en échec, pour retrouver une forme de liberté, et vérifier si on les aime toujours… même quand ils ne sont plus conformes à cette belle image. Les enfants précoces, à haut potentiel, ou « surdoués », souffrent particulièrement de ce problème de confiance en soi lié à la peur de l’échec, à force de s’entendre répéter qu’ils sont plus intelligents, qu’ils ont du potentiel.

Les compliments qui visent le résultat (“Quel beau dessin”, “Très bonne présentation”) mettent moins de pression à l’enfant, mais sont également peu efficaces, car  ils ne permettent pas de savoir pourquoi on a réussi. Du coup, l’enfant n’ose pas recommencer, de peur de ne pas renouveler la performance. Il peut aussi y avoir un décalage entre la perception que l’enfant a de son dessin, par exemple (« c’est nul ») et ce compliment qui lui paraîtra peu sincère.

Les enfants prennent plus confiance quand on les encourage en insiste sur leurs efforts, sur la méthode ou le processus: “tu as mis des couleurs vives” “Tu t’es appliqué pour colorier doucement, en contrôlant ton geste pour ne pas dépasser”. Des études sur des enfants de primaires ont montré que les enfants encouragés de cette manière persévèrent plus et résolvent plus de problèmes que ceux complimentés sur leur résultat, et encore plus que ceux complimentés sur leur intelligence (dont les efforts et donc les résultats tendent justement à chuter).

Déjà, pour complimenter un enfant sur ses efforts, il faut prêter du temps et de l’attention à son travail, ce qui en soi est valorisant. Et surtout, il réalise ainsi que le résultat dépend de choix qu’il contrôle… et donc qu’il peut reproduire. Cela l’encourage à recommencer, à progresser.

Les réflexes contre-productifs

Nous sommes souvent en tant que parents, éducateurs, enseignants, animateurs, confrontés dans notre vie quotidienne à des situations où l’enfant vient vous demandez ce que vous pensez de ce qu’il fait.

Photo prise lors d'un séjour "Nature et création"

Imaginez la situation suivante : L’enfant arrive avec un dessin et vous dit : “C’est pour toi”. Vous lui

répondez automatiquement : “C’est super, merci !”. Il demande “Cela te plaît ?”. Vous répondez “Oui, c’est très bien écrit  ! ”. Il sourit et reste devant vous comme s’il attendait une réponse plus précise, ou alors il s’en va en pensant “ c’est pas bien, c’est nul, je ne sais même pas dessiner !

Ainsi, nous avons souvent le réflexe de dire simplement “c’est très bien mon chéri !”, sans prendre le temps de recevoir le poème, dessin, ou cadeau, de le décrire, d’exprimer ce que l’on ressent, d’encourager l’enfant à continuer. L’enfant peut donc douter de ce qu’il fait. Il pense que vous lui dites que c’est bien pour vous “débarrasser” de lui, et pas parce que cela vous plaît réellement (ce qui, avouons-le, est parfois un peu vrai, non ?). Pas vraiment l’idéal pour l’encourager… Il est donc important de s’exercer à s’exprimer sans juger pour accroître l’estime de soi de l’enfant.

Une démarche pour bien encourager

Une démarche, décrite dans l’ouvrage Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfant parlent de Adèle Faber et Elaine Mazlish, permet d’éviter ces conséquences de dénigrement de soi. L’adulte reçoit la création de l’enfant en se donnant du temps pour la décrire. Il pense : “je décris ce que je vois ou ce que je ressens ».

Avec l’aide de cette démarche, reformulons notre premier exemple. L’enfant arrive avec un dessin, au lieu de dire automatiquement : “C’est magnifique, merci !”, essayez de décrire ce que vous voyez, presque que si vous deviez le présenter à quelqu’un qui ne le voit pas. “Eh bien, je vois que tu as fait des lignes, des petites et des grandes étoiles, et que tu as utilisé toutes les couleurs de l’arc en ciel : du jaune, du rouge, du bleu, du vert,… Il demande “Cela te plaît ?”. Vous répondez “Oui beaucoup, car cela me fait penser à un feu d’artifice, celui que je regardais à la plage quand j’étais enfant, chez ma grand mère et j’adorais ça !” Il répond avec enthousiasme “ha ouais ! » Comme on le voit, ce type de compliment permet de mettre le doigt sur ce que l’enfant a fait pour parvenir à son résultat : utiliser des formes différentes, des couleurs contrastées, etc. On peut insister sur les efforts qu’il a fournis : « tu as rempli toute la feuille », « tu as du prendre le temps de bien regarder à quoi ressemble la maison », etc.

Mieux encore, l’adulte peut encourager l’enfant à s’auto-évaluer sans se juger, au lieu des habituels « Je suis nul ». Il peut demander : “Comment as tu fait pour y arriver ?”. L’enfant va alors répondre en décrivant  ses efforts « Alors là tu vois j’ai mis une flèche jaune, et là un arbre, etc. » Là encore, cela va amener à passer du temps avec l’enfant, lui donner de l’attention, et cela en soi est la meilleure façon de renforcer son estime de soi.

En effectuant cette démarche au quotidien, les enfants, par nos descriptions, apprennent à connaître, identifier leurs forces. Tout les moments où l’on peut confirmer ce qu’ils ont de meilleur chez eux, sont des points de repère en cas de découragements ou de doutes durant toute leur vie.

Aider les enfants à suivre cette démarche eux même

Infographie jeux commenter un dessin

Chaque enfant fait un dessin, puis on étale tous les dessins devant le groupe. Les participants doivent commenter chaque dessin, avec pour consigne: Décrivez le dessin en commençant par « je vois »… Par exemple : “je vois qu’il y a des formes rondes, ovales”, “je vois qu’il y a beaucoup de couleurs”. Vous pouvez ajouter la consigne « Imaginez que vous décrivez le dessin à quelqu’un qui ne peut pas le voir, et qui devra le retrouver ensuite. Si vous dites simplement “le dessin est beau”, cela ne l’aidera pas à le reconnaître ! »

On peut d’ailleurs rendre le jeu encore plus efficace en jouant à l’aveugle :

  • les dessins sont étalés devant les enfants
  • un enfant se retourne
  • un autre enfant choisit un dessin, sans dire lequel, et commence à le décrire, l’autre enfant doit deviner lequel c’est. Plus intéressant bien sûr avec des dessins abstraits, des collages de fleurs, ou des dessins qui ont tous le même objet (ex : une maison, un bonhomme…)

Vous pouvez bien sur décliner ce jeu avec n’importe quelle autre création comme un collage, une sculpture, un land art etc.

Confiance en soi : bien encouragerA noter que la méthode qui consiste à « décrire, sans juger » s’applique encore plus si l’enfant a fait une erreur. Au lieu de dire, ou de laisser l’enfant dire « c’est nul », voire déchirer son dessin, se contenter de regarder avec lui « Ce trait n’est pas droit. Pourquoi à ton avis ? Comment aurais-tu pu faire pour qu’il soit droit ? Comment ferais tu la prochaine fois ? ». Et bien sûr pour toutes les petites erreurs du quotidien. Au lieu de traiter de maladroit un enfant qui a renversé du lait, il suffit de dire « Ah, je vois une bouteille de lait renversé. Qu’est-ce qui s’est passé ? Et qu’est-ce qu’on va faire maintenant ? ». Tout un changement de perspective, que les adultes peuvent aussi s’appliquer à eux-mêmes…