Face à un problème relationnel : Formation, Coaching ou Thérapie ?

Face à un problème relationnel récurrent – en famille, au travail ou ailleurs – la question peut se poser : comment résoudre mon problème de relations ? Est-il préférable de s’inscrire à un stage, de trouver un coach, de démarrer une psychothérapie ? Il peut être alors tentant de se référer à l’expérience d’autres personnes « Ma cousine était au bord du divorce, elle a démarré une thérapie de couple et ils ont pu résoudre leurs problèmes. » « Mais non, pas besoin de thérapie, inscris toi à un stage de communication non-violente… » Ou encore, plus direct « Tu veux le contact de mon coach ? Il est spécialisé dans les relations familiales. »

Pour mieux comprendre le rôle de chacun : formateur, coach ou thérapeute, prenons un exemple.

Gérer un adolescent en crise scolaire : formation, coach ou thérapie ?

Marie rencontre un problème scolaire avec son fils adolescent. Depuis qu’il est au lycée, ses notes sont en chute libre. Il ne fait plus ses devoirs, il sèche les cours. Toute tentative d’en parler se termine par des cris et des portes qui claquent. Rien que d’y penser, Marie a des sueurs froides…

Elle s’inscrit à un stage de communication non-violente. Le formateur leur fait faire de multiples jeux de rôles sur les relations au travail, les relations sociales, la famille. Elle y acquière des compétences générales qui lui serviront du matin au soir. Mais elle a un regret : le formateur n’a pas assez parlé des problèmes spécifiques des ados ! Or quand elle communique avec son fils, elle sent bien qu’il a des réactions « typiques adolescentes » : haussement d’épaules, tête secouée, provocations… Marie vient de faire une formation généraliste. Pour aller plus loin, elle a besoin d’une formation spécifique sur l’adolescence.

Marie s’inscrit à un stage « Parler pour que les ados écoutent, écouter pour que les ados parlent. » Avec d’autres parents d’adolescents en crise, elle acquiert des « habiletés » plus spécifiques pour se faire entendre, écouter de manière empathique, pratiquer la résolution de problèmes avec son fils… A la maison, les choses s’améliorent un peu. Elle réussit à régler un problème de sortie au ciné sans que la conversation dégénère. Elle commence à reprendre confiance dans sa capacité à aider son fils. Mais ses notes en maths ne remontent pas encore.

Marie sent qu’elle a besoin d’un accompagnement plus poussé pour son ado, toute seule elle n’y arrive pas. Elle contacte un coach familial. Avec lui, elle définit un programme sur plusieurs semaines, avec un objectif précis : renouer le dialogue avec son fils autour de ses problèmes scolaires. Chaque fois qu’elle rencontre un blocage, elle le travaille avec le coach et petit à petit elle arrive à sortir des schémas établis, elle acquière de nouveaux outils de communication. Elle apprend aussi à mieux maîtriser ses émotions dans les situations de conflit, grâce à des exercices quotidiens de respiration, de centrage, de relaxation. Son fils commence à lui parler de ses problèmes avec le prof principal, qui l’a pris en grippe. Marie obtient un rendez-vous avec le professeur… Les choses se remettent en mouvement.

Quand les blocages deviennent souffrance

Mais parfois les blocages sont plus profonds. Imaginons un autre cas, celui de Sophie. Lorsqu’elle aborde les problèmes scolaires avec son fils, Sophie voit rouge. Ses poings se crispent, son cœur s’emballe, elle a des sueurs froides et la nausée. Dans ces cas-là, elle se sent incapable de faire ses exercices de respiration, d’ailleurs elle est au bord d’étouffer. La nuit, elle se réveille en sursaut, avec une sensation d’oppression, elle passe ensuite des heures à se repasser en boucles ses dernières conversations avec son fils, mais aussi des souvenirs de sa propre enfance, des disputes avec con père… Elle se met à détester son boulot, dans lequel elle se sent coincée parce qu’elle n’a pas fait pu faire d’études. Le matin, elle n’arrive plus à se lever, elle reste prostrée au fond de son lit au risque de perdre son travail. Crises d’angoisse, insomnie, dépression… Sophie présente des symptômes évocateurs d’une pathologie.

Il y a bien sûr des explications. Lorsqu’elle était ado, Sophie a redoublé une classe. Son père, qui avait lui-même échoué au bac, ne lui a jamais pardonné. Il a commencé à l’enfermer dans sa chambre pour la forcer à faire ses devoirs, à l’invectiver « Alors toi aussi tu vas être une ratée ? Tu me fais honte ! » Sa mère prenait sa défense, ils ont commencé à se disputer. Un an après, il a quitté leur famille. Sophie s’est sentie responsable. Lorsqu’elle voit son fils en échec scolaire, elle revit ce passé traumatique…

A ce niveau de souffrance, Sophie ne peut pas s’inscrire à un stage ni travailler avec un coach. Si elle travaille en jeu de rôle des situations proches de la sienne, elle va peut-être faire une crise d’angoisse, ou tout au moins de se sentir très mal et devoir quitter la séance. Les soucis de Sophie ne se limitent pas à un problème de technique de communication, ils touchent à des problématiques du passé qui génèrent de la souffrance et un début de pathologie. Sophie a besoin d’une thérapie. Elle peut tenter une thérapie cognitivo-comportementale, qui l’aidera à identifier et dépasser les schémas de réaction dans lesquelles elle associe l’échec scolaire à la culpabilité. Elle peut aussi vouloir aller plus loin dans une thérapie psycho-dynamique, comme la psychanalyse, où elle va revisiter ce passé douloureux pour en guérir les séquelles. Ou encore utiliser des techniques plus spécifiques comme l’hypnose ou l’EMDR qui ciblent des évènements traumatiques. Si sa souffrance est trop intense, elle ne sera peut-être même pas capable de suivre de telles thérapies, et elle devra peut-être passer par un psychiatre et utiliser des médicaments pour soulager ses symptômes. Ce n’est qu’après qu’elle pourra envisager des formations ou un coaching pour apprendre à mieux communiquer avec son fils – dans un contexte émotionnel dégagé des réminiscences du passé.

Entraîner et guérir le mental comme le physique

Pour comprendre encore mieux, faisons un parallèle avec l’éducation physique et sportive.

Un tennisman amateur veut gagner le championnat de son club, mais son service manque de précision. Il s’inscrit à un stage généraliste : il améliore son jeu, mais il ressent de la frustration, car le formateur n’a pas passé assez de temps sur le travail du service. Il a besoin d’une formation spécifique : il s’inscrit à un stage « améliorer son service ». Il comprend mieux comment servir, mais le formateur n’a pas pu passer assez de temps sur son problème personnel. Il contacte un coach, qui met au point un programme de travail. Il y a un volet technique : améliorer l’exécution du geste. Mais aussi un volet physique, avec des étirements et de la musculation – l’équivalent des exercices de respiration dans le cas de Marie. Si tout va bien, le tennisman a des chances de gagner son championnat.

Sauf si… pendant les séances, il ressent une douleur à l’épaule. Petit à petit, il se rend compte que son problème vient en fait d’une tendinite. Avant de reprendre l’entraînement, il va devoir se soigner. Si l’inflammation est légère, des séances de massage et de rééducation – l’équivalent des psychothérapies – vont guérir son épaule. Sinon, il faudra commencer avec des anti-inflammatoires avant d’attaquer la kinésithérapie, puis reprendre le coaching.

Il en est de l’entraînement mental comme de l’entraînement physique. Vous cherchez à atteindre des objectifs : aider vos enfants à grandir, réussir votre vie de couple, vous épanouir au travail. Vous rencontrez des difficultés. Une formation, générale puis plus spécifique, pourra améliorer vos comportements : vous vous sentirez plus à l’aise, plus en confiance. Si vous avez un objectif plus spécifique – par exemple, réussir votre intégration dans une entreprise étrangère – ou un problème à régler – par exemple, débloquer la communication avec un membre de la famille – un coach pourra vous aider. A son tour, il vous conseillera sans doute de nouvelles formations, comme un coach sportif vous enverrait suivre un stage adapté à vos besoins.

Si le problème est en lien avec des problématiques émotionnelles ou des conditionnements, des habitudes à changer, il vous fera sans doute faire des exercices pour « muscler » votre mental, c’est-à-dire en fait solliciter des circuits de neurones pour les renforcer.

Mais si chaque séance génère une souffrance qui rend le travail impossible, alors une thérapie est nécessaire, avec parfois le recours nécessaire à la médication pour soulager les symptômes les plus violents, protéger la personne et permettre au travail de thérapie de démarrer. Et reprendre ensuite coaching et formation… un travail de toute une vie, tel celui d’un sportif. Le jeu en vaut la chandelle : se sentir bien en famille ou au travail est après tout bien plus important que toutes les compétitions du monde.