Aider ses enfants à grandir de manière autonome, leur donner un cadre et des limites tout en cultivant le respect mutuel, se faire respecter sans avoir à crier, menacer et encore moins lever la main sur ses enfants… Utopique ? Pas tout à fait. Deux mamans américaines, Adele Faber et Elaine Mazlish, ont mis au point une approche de l’éducation des enfants basée sur un principe très simple : apprendre à communiquer de manière efficace, comme l’indique le titre d’un de leurs ouvrages, vendus à des millions d’exemplaires : Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent.

Après avoir lu ce livre magnifique, mais aussi leur tout premier ouvrage Parents épanouis, enfants épanouis, j’avoue avoir eu du mal à aller très loin dans la pratique. J’ai eu heureusement l’immense chance de pouvoir suivre une formation à leur approche organisée par l’association Pas à Pas et le Centre de Ressources sur la Non-Violence de Toulouse. Et là, l’utopie devient réalité… En petit groupe, pendant 4 dimanches, nous apprenons par des jeux de rôles une multitudes d' »habiletés » qui vont nous permettre de s’adresser à l’enfant de manière efficace et respectueuse de sa personne. En apprenant à nous respecter aussi, car comme le rappelle la formatrice à de multiples reprises, l’éducation non-violente, c’est tout sauf du laxisme, c’est apprendre à vivre en famille en respectant les besoins de chacun… et donc ceux des parents, qui ont aussi besoin d’être respectés, de se reposer, d’avoir leur intimité…

Un exemple parmi d’autres : l’habilité « donner un choix ». Il s’agit de mettre l’enfant face à deux possibilités rationnelles, en lui montrant les conséquences de ses actes. Ainsi, l’heure d’aller au lit est souvent un grand moment de tension avec notre fille de 3 ans qui déborde d’énergie. Nous avons tout essayé, sans succès : cris, menaces diverses… une violence verbale ni agréable, ni efficace et qui épuise tout le monde. L’habilité « donner un choix », dans ce cas, ça peut donner par exemple, si l’enfant traîne pour se mettre en pyjama, au lieu de répéter vingt fois ‘METS TON PYJAMAAAA! », on peut essayer : « Dans 20 minutes tu seras au lit. Tu peux utiliser ce temps pour mettre ton pyjama, ou bien te dépêcher et ainsi tu auras le temps de lire une histoire avec maman. » (J’ai testé, ça marche !)

Comme tout ce qui procède de la non-violence et du respect, l’approche Faber et Mazlish repose aussi sur le non-jugement. Il s’agit d’éviter à tout prix de mettre des étiquettes qui enferment l’enfant dans un comportement. Votre enfant a renversé la bouteille de lait par inattention ? Au lieu de pester sur le thème de « Ah, quel étourdi, tu ne fais jamais attention ! » qui enferme l’enfant dans son erreur, proposez lui une occasion de grandir en constatant les faits sans juger, et en lui permettant de réparer : « Le lait est renversé ! Voici une éponge pour le ramasser… ». Le non-jugement s’applique aussi aux compliments efficaces. Dire à un enfant « C’est bien, tu es très sage », c’est s’attirer des ennuis : il risque demain de tester si vous l’aimez même quand il n’est pas sage… Mieux vaut prendre le temps de complimenter l’enfant de manière précise sur ce qu’il a fait : « Tu as joué en silence pendant plus d’une heure, ça m’a permis de me reposer ! ». Et si demain il n’est pas sage, ce compliment restera, car une bonne action qu’il a faite, nul ne peut l’effacer, alors que les étiquettes « gentil, pas gentil » peuvent valser à tout moment.

Il ne nous reste plus qu’à appliquer ces « habiletés » non seulement en famille, mais aussi lors de nos séjours pour enfants…

Alors, la non-violence, on s’y met ?

Anne Gouyon