Jeu cooperatif web« Alors, coopérer, vous avez trouvé ça comment ? » « Super bien, mais fatigant ! » « Fatigant ? » « Bin oui, ça demande de réfléchir ! »

Premier constat des ados réunis par le Lycée du Garros et l’Aube du Chêne cet après-midi, dans le cadre de la Semaine de la Citoyenneté : coopérer, réussir un défi tous ensemble, ça demande de réfléchir… Une vraie leçon de démocratie, en somme. Pour y parvenir, une après-midi de jeux coopératifs animée par Magalie Peyre et Anne Gouyon grâce au soutien du CPE du Lycée.

Première étape de la coopération : faire connaissance

Chaque animation démarre par une petite présentation deux à deux. Une méthode assez couramment utilisée dans les formations pour adultes, et trop peu avec les jeunes. Les lycéens se mettent deux par deux, et chacun doit se présenter à l’autre : nom, prénom, d’où je viens, ce que j’aime, ce dont je rêve… Puis chacun présente l’autre au groupe. Un exercice qui permet d’apprendre à s’exprimer et surtout à porter attention à l’autre. L’attention, socle de toute relation et activité, aujourd’hui si mise à mal dans un monde surchargé en stimulations.

Mais que pensent nos ados (15-17 ans) de cette manière de faire connaissance ? « On croyait déjà se connaître, mais on a découvert des choses plus intimes. » « C’est plus personnel. » « On est obligés d’écouter. »

Et pour continuer à faire connaissance, nous passons au jeu des points communs.
Cette fois, nos adolescents se regroupent par trois. Ils ont 3 minutes pour se trouver le maximum de points communs à trois, dans tous les domaines : on a tous un jean, on est au Garros, on aime les chats, le rugby ou les jeux vidéos… Certains groupes réunissent un animateur ou un enseignant avec un ou deux jeunes. Malgré la différence de génération, on se trouve des points communs inattendus : « On a tous séché des cours dans notre vie ! ». Eh oui, même les adultes chargés de faire respecter la règle aujourd’hui l’ont transgressée dans leur jeunesse…

Conclusion ? C’était difficile de se trouver des points communs ? « Non, on en a plein, on aurait pu continuer plus longtemps… » « Finalement, ce qui nous rassemble, c’est qu’on des des êtres humains… » On lance un petit débat : que penser de ces politiques qui insistent sur nos différences, qui veulent nous diviser ? Et si l’on jouait partout au jeu des points communs, entre générations, entre milieux sociaux, entre religions, entre origines « ethniques »…

Deuxième étape de la coopération : communiquer et prendre sa place

Mais assez parlé. Pour développer la confiance indispensable à toute coopération, il faut apprendre à communiquer autrement que par les mots, prendre sa place face à l’autre, dans l’espace, dans le groupe. Et mettre en mouvement ces ados qui en ont assez d’être assis toute la journée.

Premier jeu : les radiations. Deux par deux, l’un en face de l’autre, les élèves se placent paume de la main contre paume de la main, sans se toucher, et essaient de sentir : de la chaleur ? de l’énergie ? un picotement ? Les yeux fermés, ils doivent essayer de suivre la main de l’autre grâce à ce ressenti. Pas facile… « Alors, vous arrivez à sentir la présence de l’autre ? » « Oui, mais ça demande du temps ». Eh oui, communiquer demande du temps, de la disponibilité.

Puis vient un grand classique des jeux coopératifs, parmi nos préférés : la danse des bâtons. Toujours deux par deux, les doigts reliés par une baguette, il s’agit de bouger les bras, puis le corps, puis de se déplacer à deux, sans faire tomber les baguettes. Au départ, un des deux partenaires guide l’autre, puis on inverse et finalement… plus personne ne guide, c’est une danse qui s’improvise au gré des envies mutuelles. Les lycéens de section littéraire, qui préparent souvent des filières artistiques, voire même cirque, adorent. D’autres sont plus gênés. Il faut apprendre à suivre l’autre, à lâcher prise…

Troisième étape des jeux coopératifs : faire confiance

Plusieurs jeux coopératifs permettent de faire confiance. Un classique, la bouteille ivre, plait particulièrement aux ados. Ils doivent se mettre en cercle, puis l’un ou l’une d’eux se met au milieu et se laisse tomber tout raide en arrière, en avant, sur le côté, les yeux fermés. Les membres du groupe doivent retenir cette « bouteille ivre » et la repousser doucement vers l’avant, elle retombe alors sur d’autres membres du groupe. Chacun est chargé de veiller à la sécurité de la personne qui est au milieu qui doit donc totalement lâcher prise et faire confiance au groupe. Le jeu peut se démarrer deux par deux pour apprendre à se lâcher plus facilement.

Autre jeu de confiance : se relever dos à dos. Deux personnes s’accroupissent, dos contre dos, bras entrelacés avec ceux de la personne de derrière. Il faut essayer de se relever… on s’aperçoit alors que la seule façon de le faire est de s’appuyer sur l’autre, et de se relever ensemble, au même rythme. Encore un jeu de confiance et d’attention à l’autre.

Dernière étape : la coopération…

Coopérer, c’est relever un défi ensemble. Les choses se corsent à la dernière étape.

Jeux coopératifs web 2Premier défi : la rivière de lave. L’animatrice place une dizaine de feuilles de papier espacées d’une longueur de pas sur le sol. Les ados se placent à la queue leu leu derrière la première feuille. Ils doivent, chacun leur tour, passer d’une feuille à l’autre en imaginant que ces feuilles sont des blocs de pierre flottant sur une rivière de lave. Dès qu’un joueur pose un pied par terre en dehors d’une feuille, il est « mort » et toute le groupe doit recommencer à zéro. Eh oui, dans les jeux coopératifs, on gagne tous ensemble… ou pas du tout. Dès qu’une feuille reste vide sans pied posé dessus, elle est « emportée par la lave » et l’animatrice la retire. Très vite, après quelques essais malheureux mais à grands éclats de rire, les joueurs comprennent qu’ils doivent en fait se coordonner et avancer tous en même temps d’un pas…

Jeux cooperatifs 3Puis vient le dernier jeu : la chaise musicale. Qui démarre d’abord en mode habituel, compétitif. L’occasion d’observer comment chacun épie les autres, essaye de tricher, de pousser l’autre au dernier moment pour lui prendre sa place… De noter comment les perdants se sentent exclus et frustrés… La chaise musicale peut aussi se jouer en mode coopératif : dans ce cas, le groupe tourne autour des chaises en musique, et à chaque tour, on enlève une chaise. Mais cette fois ci, le but du jeu est que tous les joueurs soient assis ensemble, sans qu’aucun touche les pieds par terre. Facile au début quand il y a 13 chaises pour 14 joueurs. Mais quand il ne reste plus que 2 chaises, voire 1 pour 14… c’est plus difficile, et il faut vraiment s’entraider. Les ados cherchent toutes les solutions possibles, ils se passionnent pour ce défi. A la fin, petit debrief : comment vous avez fait ? Avez-vous eu besoin d’un chef pour y parvenir ? « Ah non, on s’est entraidés… un chef n’aurait pas pu y arriver, il n’aurait pas pu voir tout ce qui se passait… » Ce qui illustre très bien les découvertes de la psychologie sociale : les problèmes complexes se résolvent plus efficacement en mode coopératif.

Au final, les ados sont ravis de leur après-midi. Pour la première fois, ils ne se précipitent pas sur leurs sacs lorsque la cloche sonne… ce sont les profs qui doivent les mettre dehors. Ils sont fiers « On a fait toutes les étapes qui mènent à la coopération » « On voudrait en faire plus ». Les profs sont étonnés et ravis de les découvrir sous un jour différent de ce qu’ils voient en classe. Rien d’étonnant pourtant : le jeu est la voie d’apprentissage préférée des mammifères, et l’Homme n’y fait pas exception… et ces mises en situation sont parfois plus efficaces que bien des discours théoriques sur la citoyenneté, et une bonne manière de leur donner vie.