Apprentissage lecturePourquoi un enfant dit « intellectuellement précoce », voire surdoué ou haut potentiel, peut-il se retrouver en échec à l’école, ou à l’entrée au collège ? Retour sur un paradoxe apparent et trois pistes de solutions pour leur permettre d’accéder aux apprentissages scolaires… et surtout d’apprendre à se connaître, à s’intégrer dans un groupe, et trouver confiance en soi.

Intelligent… mais pas en tout !

Un enfant intellectuellement précoce (EIP), ou « surdoué », ou « haut potentiel » (HP), c’est un enfant plus intelligent que sa tranche d’âge — lorsque l’on mesure son intelligence par le QI avec le test de référence aujourd’hui, le WISC-IV (Wechsler Intelligence Scale for Children). Il comprend un Indice de Compréhension Verbale, un Indice de Raisonnement Perceptif (manipulation de cubes, de matrices, sortes de tests de logiques ne faisant pas appel aux mots), et des Indices de Mémoire de Travail et Vitesse de Traitement.

Problème : l’intelligence ne se résume pas à ces capacités relativement abstraites, déclinées devant une feuille de papier. Il y a de multiples définitions de l’intelligence, mais celle qui nous paraît la plus opérationnelle, la plus à même de prédire l’avenir de l’enfant, serait celle-ci : « La capacité à s’adapter à son environnement, soit en y ajustant ses comportements, soit en le modifiant ».

Jeu cooperatif webOr l’environnement de l’être humain est principalement fait… d’autres êtres humains. Et c’est là que les choses se compliquent. Pour entrer en contact avec les autres, nous n’utilisons pas que notre cerveau, mais aussi notre corps et nos émotions. Le meilleur prédicteur de la capacité à s’adapter et traverser la vie avec succès en s’y adaptant, dès lors, n’est pas le QI, mais le QE (quotient d’intelligence émotionnelle), qui résume la capacité d’une personne à percevoir et gérer ses émotions.

Les enfants précoces ont-ils plus de mal à gérer leurs émotions ?

enfant précoce créatif hyperactifOui, parce que le câblage complexe et rapide de leur cerveau s’accompagne d’une plus grande sensibilité, tant vis-à-vis des stimuli sensoriels (plus grande sensibilité aux sons, aux odeurs, à la lumière) que vis-à-vis des émotions des autres ou de situations d’injustice qu’ils détecteront plus que les autres. Ils peuvent alors être débordés par ces afflux de sensations et d’émotions et être en difficulté, ils vont « surréagir » et cela peut poser problème si le cadre où ils sont n’est pas « contenant », si les enseignants, par exemple, ne sont pas en mesure d’accueillir et contenir ces débordements (ce qui est fort difficile dans une classe de 30 enfants !).

Oui aussi, parce que comme tous les enfants, ils ont besoin d’être stimulés pour grandir, besoin irrépressible de l’enfant, probablement inscrit dans sa programmation génétique. Si l’école n’apporte pas de stimulation à la hauteur, l’enfant va aller les chercher ailleurs : dans sa tête (il va être rêveur, inattentif), ou en faisant ce qui va apparaître comme des « bêtises ». Il devient alors inadapté à son environnement, va se faire rabrouer, et perdre confiance en lui. Son intelligence différente peut aussi le mettre en décalage face aux autres enfants, dont il aura du mal à partager les jeux, et qui vont peut-être le traiter de pédant ou d’intello. Autant d’échecs relationnels (avec les professeurs, avec les autres enfants) qui vont créer un réflexe de stress par anticipation dans les situations sociales. Stress qui va le déborder et à son tour provoquer des réactions inadaptées…

Mais attention ! Il existe aussi des enfants précoces avec une bonne gestion émotionnelle et une bonne adaptation sociale, voire une « suradaptation ». Ceux-ci, vous n’en entendrez jamais parler. Ils sont assis tranquillement au premier rang, répondent bien aux questions (mais pas trop souvent pour ne pas se faire jalouser), se satisfont des enseignements proposés et les complètent par d’autres centres d’intérêt en dehors de l’école. Ils se servent de leur intelligence pour décrypter les situations sociales et deviennent des leaders. Evidemment, les surdoués adaptés ne sont pas décrits dans les livres des psychologues spécialistes de la précocité, comme Jeanne Siaud-Facchin. Pourquoi ? Parce qu’on ne les emmène pas chez le psychologue ! Puisqu’ils n’ont pas de problèmes…

La question est donc : comment aider un enfant précoce à gérer ses émotions et prendre sa place dans une école, puis une société qui n’est pas faite que de gens comme lui ? Nous proposons trois stratégies, selon le degré de difficulté de l’enfant dans l’école au départ, et par difficulté croissante.

A. S’adapter à l’école ou au collège existant

Si les problèmes de l’enfant ou de l’adolescent ne sont pas rédhibitoires — s’il n’est pas en très grande souffrance, s’il n’est pas en échec complet ou au bord d’une menace d’exclusion — il est sans doute préférable de l’aider à s’adapter à son environnement scolaire. D’autant plus qu’il n’est pas toujours facile de trouver une école adaptée et de la financer. Par ailleurs, cela préparera l’enfant à une vie d’adulte, dans laquelle il devra aussi parfois s’adapter à des situations qui ne sont pas tout à fait en phase avec son être profond.

Cela passe par le développement de trois compétences de l’enfant :

l’estime de soi : apprendre à se connaître tel que l’on est, repérer ses points faibles et ses ressources, puis apprendre à s’accepter. Sur le plan scolaire, cela veut dire apprendre à repérer les stratégies d’apprentissage qui marchent, et qui ne sont pas les mêmes pour tous.

la gestion émotionnelle : repérer et identifier ses émotions, trouver des façons d’y réagir autrement qu’en explosant (agression, agitation) ou en implosant (tristesse, dépression).

la relation sociale : apprendre à écouter, à s’exprimer de manière acceptable (communication positive ou « non-violente »), à prendre sa place en acceptant les autres tels qu’ils sont (ce qui est plus facile quand on s’accepte soi-même !).

Les parents peuvent tenter d’aider leurs enfants en parlant de tout ça. Cela suppose qu’ils soient eux-mêmes experts dans ces trois domaines (sinon comment l’enseigner ?) et donc qu’ils aient fait un travail sur eux-mêmes, d’autant que les enfants précoces ont souvent des parents haut potentiel ! Même ainsi, il y a des limites à ce qu’un parent peut apporter à un enfant, surtout à l’adolescence. Les parents peuvent aussi encourager leur enfant à se renseigner sur la précocité, lui proposer des lectures, des sites internets, le mettant ainsi dans une démarche active.

Enfin, ils peuvent le faire accompagner par un psychologue, ou par un coach, qui l’aidera à mieux se comprendre et trouver ses solutions. A condition d’en trouver un qui corresponde à l’enfant et avec lequel celui-ci ait envie d’avancer.

Cette démarche peut aussi se décliner dans des stages ou ateliers spécialisés, comme ceux que nous proposons, ou encore ceux d’associations spécialisées comme Kinoa, Dysmoi, ou CogitoZ. Aider l’enfant à trouver des loisirs en groupe, dans un cadre adapté où il se sent bien, est également une très bonne solution.

Ne pas hésiter à mettre l’enseignant de votre côté. Attention ! Certains enseignants sont réticents devant la notion de « précocité » qu’ils interprètent comme une excuse pour des comportements inacceptables d’un enfant (ce qui est peut-être parfois vrai ?). Inutile d’essayer de les convertir s’ils ne sont pas en demande d’en « savoir plus » sur les enfants précoces. Vous ne ferez que susciter des résistances préjudiciables à leur relation avec votre enfant. Plutôt que de parler de précocité, demandez un rendez-vous où vous interrogerez l’enseignant sur ce qu’il perçoit des difficultés de votre enfant. Vous remettez ainsi l’enseignant à sa place, et il pourra entrer en coopération avec vous (et votre enfant). Demandez à l’enseignant ce qu’il pourrait faire, et ce que vous pourriez faire, pour aider votre enfant. Vous susciterez ainsi de la coopération plutôt que du rejet. Si cela ne marche pas, il reste toujours le plan B…

B. Chercher une école adaptée aux enfants précoces

Ah, le rêve d’une école adaptée aux enfants précoces… Qu’est-ce que cela veut dire ? Une école où ils seront stimulés à la hauteur de leurs besoins, et dans un cadre contenant pour leur grande émotivité. Donc plutôt des classes en petits effectifs, avec des enseignants ayant eux-mêmes une bonne intelligence émotionnelle…

Il existe très peu d’écoles, collèges ou lycées « pour enfants précoces / surdoués / haut potentiel », spécialisés et conçus pour eux. Si vous trouvez un tel établissement et qu’il convient mieux à votre enfant que son école précédente (et à votre portefeuille, votre situation géographique), foncez ! Certains parents peuvent avoir peur d’enfermer ainsi leur enfant dans un monde artificiel, différent du reste de la société. En fait, cela n’a pas d’importance, tant que l’enfant reste conscient du fait qu’il devra un jour s’adapter à un monde plus diversifié. Adaptation qu’il réalisera d’autant mieux qu’il aura pris confiance en lui. On ne s’adapte pas au monde quand on est en échec !

Attention : une école adaptée aux enfants précoces n’est pas forcément une école « pour enfants précoces ». Prenons une comparaison : l’été nous organisons des séjours adaptés aux enfants précoces, mais ils n’accueillent pas QUE des enfants précoces. Vous pouvez parfaitement trouver une école adaptée à votre enfant, soit dans le public — parce que l’équipe enseignante met en place des méthodes et un cadre qui lui permet de s’épanouir — soit dans le privé. Ce peut être notamment dans certains réseaux de pédagogie alternative (Freinet, Montessori, Steiner…). Ne cherchez pas la formule magique. Ce n’est pas parce que le fils de vos amis, précoce, a réussi dans une école de la mouvance X dans la ville Y que votre enfant réussira dans une école de la même mouvance ailleurs, ni même dans la même école.

Car en fait, ce que vous cherchez, ce n’est pas une école-adaptée-aux-surdoués, mais une école, un collège puis un lycée adapté à VOTRE enfant. Et ça, seul votre enfant le sait (n’oublions pas qu’il est à la base intelligent !). Il vous faudra donc l’impliquer dans votre démarche de recherche d’une école adaptée, et de d’autant plus qu’il est âgé.

S’il est en primaire, la démarche partira surtout de vous : vous ferez les recherches, rencontrerez seul la direction, les enseignants, mais avant de conclure l’inscription il faudra emmener votre enfant à leur rencontre et voir comme il se sent face à ce projet. Une ambivalence (envie et peur) est normale, un rejet total serait inquiétant et devrait être explicité. Attention aussi à l’excès d’enthousiasme, prévenir l’enfant qu’il n’existe pas de monde magique idéal, et que même dans sa nouvelle école il rencontrera des moments difficiles et devra y trouver des réponses adaptées. S’il est au collège ou lycée, il peut participer aux recherches, consulter avec vous le site web de l’établissement… être ainsi plus proactif.

C. Faire « l’école à la maison » ?

Ah, l’école à la maison… En ouvrant ce chapitre nous sommes conscients de risquer de déclencher des réactions adverses, tant ce sujet est controversé et suscite des inquiétudes, des résistances (ou au contraire de la passion, d’ailleurs). Alors, rappelons les faits.

D’abord, la Loi. Si l’enseignement est obligatoire jusqu’à 16 ans, l’école ne l’est pas. Si le législateur autorise l’école à la maison, c’est qu’il considère que dans certains cas, ce peut être adapté à l’enfant. Et de toutes façons, si vous faites ce choix, il y aura des contrôles pour vérifier que votre petit Enzo ou votre petite Maëlis sont bien en train d’apprendre à lire, écrire, compter, etc. comme les autres.

Si aucune école n’est adaptée à votre enfant, si vous avez pris soin de faire tous les bilans nécessaires en pédiatrie, orthophonie et psychologie pour vérifier que cela ne cache pas un problème sérieux, alors peut-être votre enfant peut-il bénéficier d’un enseignement à la maison.

Cela vous demandera plus de temps et d’implication, et c’est à vous de voir si la relation avec votre enfant vous le permet (certains ados peuvent rejeter tout ce qui vient des parents, et il est parfois difficile d’être patient avec son propre enfant). Il vous faudra surtout interroger vos propres relations aux apprentissages, car les difficultés de votre enfant, et vos difficultés à l’aider, peuvent en découler. Comment allez vous faire aimer les maths à votre enfant si vous en gardez un souvenir exécrable et si vous n’avez pas résolu / dépassé ce blocage ? Inversement, comment allez vous donner confiance en soi à votre enfant si vous lui faites sentir tout le temps, même inconsciemment, combien VOUS vous étiez bon à l’école ?

En aucun cas ne restez seul : vous pouvez vous faire accompagner par le CNED, des professeurs particuliers, et rejoindre des groupes de parents engagés dans cette démarche, que vous trouverez facilement sur Internet et les réseaux sociaux.

Ce n’est pas forcément une démarche pour la vie : certains enfants en perdition à l’école peuvent bénéficier d’une année d’enseignement à la maison et retrouver ensuite les chemins de l’école, d’autant qu’il deviendra plus compliqué pour vous de l’accompagner dans les plus grandes classes, et que surtout à l’adolescence il aura envie d’être plus avec sa tranche d’âge qu’avec vous. Mais il existe aussi des enfants qui sont allés ainsi jusqu’au bac avec succès… une fois de plus ce qui compte, ce n’est pas ce qu’on fait les autres, ni ce qu’en pensent les autres (qui pour la plupart critiqueront cette démarche) mais ce qui est bon pour VOTRE enfant., et VOTRE famille, car il s’agit d’un projet qui implique toute la famille.

Sera-t-il désocialisé ? C’est la grande inquiétude… qui repose sur l’idée étrange que l’école serait LE vecteur de socialisation. Malheureusement ce n’est pas toujours le cas. Lorsqu’un enfant se sent rejeté, voire harcelé à l’école, en quoi l’école est elle un lieu de socialisation ? Ce serait plutôt le contraire…

Un enfant a besoin d’apprendre à prendre sa place dans un groupe de son âge, et s’il n’y arrive pas à l’école, il vous faudra en effet faire ce qu’il faut pour lui donner des occasions plus adaptées : en famille (vacances avec les cousins, cousines…), avec les voisins, dans des lieux de loisirs / sports adaptés à ses goûts et sa personnalité, par des séjours en vacances… et en rejoignant des groupes d’enfants dans la même situation que lui s’il y en a dans votre ville.

D. Un projet d’apprentissage pour mon enfant avec mon enfant

En conclusion : qu’il s’agisse d’aider votre enfant à s’adapter à l’école, de trouver une école / un collège / un lycée adapté à sa précocité, sa douance ou son haut potentiel, c’est un projet adapté à VOTRE enfant dont vous avez besoin, et plus il sera acteur / impliqué dans ce projet, plus il y réussira. Dans tous les cas, son enthousiasme et sa confiance en soi seront les signes que vous avez trouvé ensemble des solutions !