« Les Pommes bio ont le goût de pommes, les pommes non bio ont plus le goût d’acide, d’eau et de sucre ». La vérité sort de la bouche des enfants ? En tout cas une chose est sûre, ce sont déjà de fin gourmets .

Définir un produit bio

Une journée d’octobre ensoleillée au Collège de Samatan dans le Gers. Marie du Gabb32 et Anne de l’Aube du Chêne sont invitées dans le cadre de la semaine citoyenne à présenter une animation à 4 classes de 6ème sur le thème : « Pourquoi manger bio ? ». L’occasion de tester les méthodes mises au point dans nos colonies de vacances…

Coopération ou travail individuel ?

Nous démarrons par un premier atelier tout simple : les enfants, en petits groupes, sont chargés d’écrire une définition d’un « produit bio ». On voit que l’école leur enseigne surtout la compétition et le travail individuel : dès que l’on parle d’écrire une définition de « produit bio », 10 petits doigts se lèvent pour donner chacun la leur : « Moi, m’dame, moi, moi, moi… ». Certains ont du mal à coopérer, comme ce petit garçon aux airs d’enfant précoce : « Pff, moi je n’ai pas besoin de me concerter avec les autres, je connais la bonne définition ! » Nous essayons de l’orienter doucement vers l’écoute, la prise en compte de l’avis de l’autre :Les méthodes que nous utilisons d’habitude dans nos colonies de vacances, hors du cadre scolaire classique.

Après quelques minutes, nous mettons les résultats en commun. Un consensus émerge : tous les enfants savent peu ou prou qu’un produit bio c’est « sans produit chimique ». Oui, mais c’est quoi un produit chimique ? C’est le moment d’expliquer que tout est « chimique », même ce qui est naturel : l’eau, le sucre, sont des produits chimiques naturels. L‘agriculture biologique se définit par son refus à utiliser des produits chimiques de synthèse, donc fabriqués par l’Homme et absents de la nature. En effet, de nombreux produits de synthèse sont toxiques : comme ils sont absents de la nature, celle-ci ne sait pas les traiter. Mais il existe aussi des produits naturels toxiques : la cigüe par exemple… Tout cela se complique, il est temps de passer à des choses plus ludiques. Pour la suite des opérations, les enfants sont répartis en plusieurs ateliers.

Dessine-moi un paysage bio

Premier atelier : « dessine-moi un paysage bio« , directement inspiré de nos colonies de vacances. Les consignes sont simples : deux paysages de coteaux, identiques, sont dessinés sur un grand panneau en carton. L’un doit devenir le « paysage bio« , l’autre le « non bio ». Les enfants doivent placer sur chaque paysage des post-it avec des dessins d’abeilles, d’oiseaux, de produits chimiques… et créer leurs propres post-it à placer sur chaque type de paysage. Spontanément, les enfants ont bien tendance à placer plus d’insectes et oiseaux dans le paysage bio, à l’abri des produits toxiques. D’autres associations sont plus complexes : les enfants dessinent un vélo dans le paysage bio et une voiture dans le paysage non bio, associant ainsi, logiquement, agriculture bio et souci de transports écologiques !

Dégustation de produits bio

Puis vient le moment de l’animation la plus attendue : la comparaison des produits bio et non bio. Un premier groupe est chargé de comparer un paquet de purée en sachets bio et non bio. Le verdict est sans appel : « La purée bio ne contient que des pommes de terres déshydratées, la purée non bio contient en plus 5 ingrédients qu’on ne connaît pas. » Ce terme « qu’on ne connaît pas » résume bien le problème du consommateur face aux produits industriels dans les rayons des supermarchés : à moins d’être un spécialiste de la biochimie, comment savoir si E430 ou autre monostéarate de sodium sont nocifs ou non ? Les enfants notent que la purée bio achetée en grande surface vient… d’Allemagne. C’est le moment de leur apprendre que la France, premier exportateur de produits agro-alimentaires, trouve le moyen d’importer des produits bio car nous sommes déficitaires dans ce domaine (heureusement Midi-Pyrénées est la première région bio de France et le Gers le premier département de France pour les grandes cultures bio !) Comme on le voit, dès que l’on lit les étiquettes avec les enfants, une foule de questions surgit…

La dégustation des pommes est un grand moment. Les enfants repèrent tout de suite les pommes non bio, plus grosses, plus lisses… Nous discutons avec eux. Pourquoi les pommes bio sont plus petites ? Parce qu’elles reçoivent moins d’engrais azotés et souvent moins d’irrigation. Mais du coup, elles sont plus concentrées en saveur, en vitamines, en minéraux. Les enfants ne s’y trompent pas : « les plus grosses pommes ont plus le goût à l’eau ! » écrivent-ils sur leurs petits papiers. Un commentaire spontané qui rappelle ceux des petits citadins qui dégustent les fruits de nos vergers dans nos colonies de vacances « Ici, les fruits ont du goût ! ».

Chocolat et huile de palme

Les petits veinards sontles groupes chargés de comparer les biscuits au chocolat bio et non bio, et, miam la pâte à tartiner chocolat-noisette bio et pas bio (du Nutella pour la dernière, référence obligée !). Lecture des étiquettes : les produits non bio sont bourrés de « graisses végétales » – en fait de l’huile de palme. Les enfants savent qu’elle n’est pas bonne pour la santé. Ils ont raison : l’acide palmitique, composant majeur de l’huile de palme, est aussi mauvaise pour les artères que le beurre, et l’huile de palme est soupçonnée d’être une des causes de l’épidémie d’obésité qui frappe notre société. Ce que les enfants ne savent pas forcément, c’est que l’huile de palme vient de pays tropicaux, et que sa culture se fait au détriment de forêts primaires où vivent, entre autres, les derniers orang-outans de la planète. Et au fait, pourquoi les industriels aiment-ils tant l’huile de palme ? Surtout, bien sûr, parce qu’elle est bon marché. Et pourquoi est-elle bon marché ? Les enfants ont une idée : parce qu’elle vient de pays où les gens sont pauvres, donc mal payés… Décidément, c’est fou ce qu’une étiquette peut amener comme réflexions.

Marie apprend aux enfants à décrypter l’ordre dans lequel les ingrédients sont présentés : toujours par ordre de pourcentage de leur part dans la composition de l’aliment. La pâte à tartiner bio chocolat-noisette, en toute logique, comporte surtout des noisettes (40%, miam) et du chocolat. Le Nutella lui, devrait s’appeler « pâte à tartiner au sucre et au gras » puisque ses deux premiers ingrédients sont… le sucre et l’huile. Et d’ailleurs, les petits gourmands sont catégoriques : la pâte à tartiner bio colle moins aux dents, et sent plus le chocolat et les noisettes. D’ailleurs en fin d’après-midi le pot est presque vide… les petits gourmands ne se sont pas trompés !