Manger sain, local, bio si possible… pas toujours facile. La grande distribution ? Une offre pauvre et pas forcément bon marché. Les magasins spécialisés ? Rares et plutôt chers. Les marchés ? Sympa mais souvent en semaine, pas évident quand on travaille, et encore trop souvent peuplés de revendeurs qui ne proposent pas forcément du local. Restent les fameux circuits courts. Après les AMAP, un nouveau réseau voit le jour : La Ruche qui dit Oui. Et ô joie ! Une nouvelle « Ruche qui dit oui » ouvre ses portes dans le Gers, à Vic-Fezensac ce week-end, et démarre par un apéro d’accueil (on est dans le Sud-Ouest quand même !).

Manger bio, sain, local dans le commerce : le parcours du combattant ?

Chercher à manger sain/bio/local/durable dans la grande distribution : quoi de plus déprimant ? J’ai testé pour vous. Première idée : chercher des produits bios dans les rayons de mon super/hypermarché du coin. Au rayon biscuits, une expérience digne de l’Union soviétique : 4 ou 5 références de biscuits basiques genre « Petit-beurre/ pepito / cookie / sablé ». A côté, des dizaines de biscuits pas bios au chocolat, framboise, ananas, praliné ou noix de coco, en barquettes, meringues, rousquilles, gaufrettes, cigarettes, et autres madeleinettes me regardent en clignant de l’oeil. J’ai l’impression d’être punie. D’autant que les biscuits bios en question sont fabriqués à base de produits importés comme l’huile de palme dont je me passerais volontiers, même en bio. Même scénario au rayon pâtes, fromage, jus de fruits, etc. Punie, je vous dis !

Et bien sûr ces produits déprimants sont deux fois plus chers que les autres, parce que, comme l’ont montré plusieurs études, la grande distribution applique un taux de marge 2 à 4 fois supérieur sur les produits bios (cf : Philippe Baqué, La bio, entre business & projet de société.) C’est la double punition : moins bons ET plus chers. La stratégie des distributeurs : se dire qu’il y aura bien 5% d’ultra-militants qui achèteront les insipides biscuits à l’huile de palme bio, en les payant deux fois plus chers parce que c’est bio. On nous prend pour des idiots ? Oui, sans doute. En tout cas, une chose est sûre : amis du durable et du local, ce n’est pas comme ça que vous allez faire vivre le sympathique paysan bio du coin.

Si on sort du label bio c’est la catastrophe : il faut passer des heures à essayer de déchiffrer les étiquettes avec leurs ingrédients dignes de frankenstein : sucre inverti, graisses hydrogénées, sirop de glucose, sorbitol, aspartame, colorants, sulfites de potassium, etc., soupçonnés à des degrés divers de provoquer cancers, diabète, ou hyperactivité, en se demandant lequel est le moins pire. Et la plupart du temps, rien sur l’origine des produits ou leur mode de culture et de fabrication.

Il reste à se tourner vers les magasins bios. Bon, déjà, il faut avoir le temps. Parce que chez moi dans le Gers, le plus proche magasin bio bien achalandé est la Biocoop de Condom (oui, c’est le nom d’une sous-préfecture du Gers, cf. le film « Le Bonheur est dans le Pré »). Ce qui me fait quand même 30 minutes en voiture. Il faut être motivée, et le bilan carbone de l’expédition ne doit pas être très bon. Autant dire que je n’y vais que si j’ai une autre raison d’aller à Condom. D’autant que vu les horaires d’ouverture assez peu larges, je me retrouve souvent devant porte close. Et puis une fois arrivée en caisse… Je salue les efforts de Biocoop pour proposer des produits « bios pour tous » mais en réalité, pour y aller, outre du temps, il faut un bon pouvoir d’achat et pas trop de bouches à nourrir. Autant dire que le père/la mère de famille pressé et sans le sou n’ira pas.

Manger sain, bio et local : faire soi-même en circuits courts

Manger sain, bio, local (et bon) à un prix abordable nécessite en général des changements d’alimentation : réduire la part de viande,  revenir au « faire soi-même » en cuisinant plus de produits bruts. Fini les lasagnes pas nettes ! Au moins comme ça vous ne mangerez pas par accident un pauvre cheval de course réformé, bourré d’anti-inflammatoires et antibiotiques interdits à la consommation humaine.

Après il reste les nouveaux circuits courts : créer des liens avec les producteurs, que ce soit en direct,  sur les marchés ou de plus en plus par des groupements comme les AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne).

Une démarche qui demande du temps et de la motivation, jusqu’ici réservée à une minorité ultra-engagée, et facilitée par l’arrivée du numérique qui permet de créer des réseaux y compris au niveau local, selon l’exemple de la Ruche qui dit oui. Le principe ? Créer une sorte de club de fournisseurs et d’acheteurs, qui se rencontrent par Internet mais dans un rayon forcément local, la vente se faisant en direct, avec des taux de marge contrôlés. Seulement voilà, à Bordeaux, Toulouse ou environ, des « Ruches qui dit oui » il y en a une dizaine, mais dans le Gers, une tous les 40 km… autant dire que je me suis inscrite fissa à la nouvelle Ruche de Vic-Fezensac (oui c’est pas loin de Condom, dans le Gers on est champions des noms de ville marrants). Qui ouvre ses portes demain pour un premier apéro… et que j’ai hâte de découvrir en tant que « consommatrice » mais aussi comme fournisseur potentiel (les cerisiers de notre verger bio sont en pleine forme cette année !). Bio, local, sain ET convivial… la nouvelle économie et surtout la nouvelle société avancent. Merci à Sylvie de l’EARL du Courdeau pour avoir lancé la première « Ruche qui dit oui » de Vic-Fezensac.