Réviser ses leçons, préparer un examen, signifie souvent passer des heures devant un cahier, un classeur, un livre, des fiches ou un écran d’ordinateur. Une méthode qui fait appel principalement à la mémoire verbale, et qui peut générer de la lassitude. Comment en sortir ?

Réviser avec la mémoire verbale : oui, mais…

La mémoire verbale, c’est ce qui nous permet de retenir une suite de mots, un texte qui fait du sens. Elle passe principalement par l’hémisphère gauche du cerveau, qui assure l’essentiel du traitement des informations verbales, et plutôt en mode analytique. La mémoire verbale correspond au fait d’être capable par exemple d’entendre une phrase, ou de lire un texte, et de se le réciter mentalement dans la tête en utilisant notre propre voix. C’est celle qui est le plus sollicitée à l’école et dans les études.

REVISION EXAMENS ENDORMIEFaire appel principalement à la mémoire verbale peut engendrer différents problèmes. D’abord, ce n’est pas forcément le point fort de tous les élèves et étudiantes. Ensuite, elle n’est pas nécessairement adaptée à toutes les matières ou sujets. Enfin, faire appel à un seul type de méthode ou de mémoire va vite engendrer fatigue et perte de motivation. Pour prendre une comparaison, imaginons un joueur de tennis qui ne travaillerait que son service et son coup droit, toute la journée. Très vite, il va ressentir de la fatigue, voire des douleurs dans le bras sollicité. Et il va s’ennuyer. Pour éviter cela, il va changer d’exercice : faire du jogging, manipuler des haltères, travailler son revers, ses déplacements… et solliciter ainsi d’autres muscles, d’autres circuits neuronaux. Même si les méthodes pédagogiques évoluent et que certains enseignants se donnent un mal fou, il faut bien avouer que l’école, en règle générale, trouve normal de faire lire et relire, écrire et réécrire, jusqu’à plus soif. Et les parents et professeurs s’étonnent ensuite que l’élève est « paresseux », alors qu’il est peut-être juste fatigué et lassé de faire toujours la même chose.

Qui voudrait manger des raviolis tous les jours, deux fois par jour ? Comme au restaurant, un menu de révisions et préparation aux examens doit être varié, pour stimuler l’appétit et nourrir l’esprit de manière équilibrée.

Réviser avec la mémoire visuelle

La mémoire visuelle, c’est ce qui permet de retenir l’image d’un paysage, d’une carte, d’un graphique. Pour simplifier les choses, disons qu’elle passe plutôt par l’hémisphère droit, qui comprend les aires de traitement visuel et fonctionne ainsi plus de manière globale. En effet, lorsqu’on évoque une image, elle nous vient en entier à l’esprit, contrairement à une suite de mots qui ne peuvent qu’être évoqués l’un après l’autre.

Certains enseignants ont l’habitude de faire appel à la mémoire visuelle des élèves, parce que leur matière s’y prête naturellement : c’est le cas de la géographie, de la géographie ou de la physique. Peu d’élèves ou d’enseignants pensent à utiliser la mémoire visuelle pour d’autres matières. Pourtant, la mémoire visuelle peut se prêter à toutes les révisions, à condition de faire des ponts entre les mots et les images, comme le poète Arthur Rimbaud l’avait imaginé :

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,
 
Golfes d’ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;
 
U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides
Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux ;
 
O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges :
— Ô l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux !

Si vous aimez dessiner, si vous avez l’impression d’avoir une mémoire « photographique », si vous aimez les couleurs, ou tout simplement si vous ne pouvez plus ouvrir votre cahier sans vous endormir, il est peut-être temps de chercher comment utiliser votre mémoire visuelle pour donner de la couleur et des images à vos révisions. Vous soulagerez ainsi votre cerveau gauche. Et en créant des connexions entre mots et images, vous augmenterez vos chances de vous souvenir de vos leçons le jour de l’examen. La mémoire en effet n’est pas une sorte de réservoir que l’on remplit : c’est un réseau de connexions, d’associations entre éléments. Apprendre, ce n’est pas gaver votre esprit, c’est créer des associations. Voici quelques trucs pour y connecter mots et images :

Faire une « carte mentacarte-heuristique-mpolet Sle » ou « Mind Map » comme ci-dessus : au lieu de faire des fiches en mode linéaire, partez d’un concept et amusez-vous à créer une carte des concepts reliés, n’hésitez pas à ajouter des couleurs, des dessins : faites-vous plaisir, pour une fois ! Très adapté aux enfants précoces ou surdoués, qui ont tendance à penser de manière globale, en arborescence.

Choisissez un code couleur pour chaque partie de cours, chaque matière, chaque type d’info (rouge = définition, vert = exemple, etc.). Attention, cela demande un peu d’organisation pour avoir toujours les bons stylos ou chemises sous la main : un petit défi pour les TDA/H ou autres étourdis. Pour y arriver, faites simple, limitez-vous à 2 ou 3 couleurs !

MEMOIRESDessinez dans les marges, sur vos cahiers… et oui, pour une fois, on vous y encourage. Chaque fois qu’un concept vous inspire une image, dessinez-là et écrivez le mot à côté. Vous créerez une association puissante. Et si le prof vous demande « tu t’amuses bien à dessiner pendant que je parle ? » vous pourrez dire « Non m’sieur, je travaille ma mémoire visuelle » (bon attention quand même… à faire plutôt à la maison). Si vous ne savez pas dessiner, cela n’a pas d’importance, lâchez-vous, faites cela dans un bloc qui restera à la maison et que personne ne verra, et dès lors n’importe quel gribouillis fera l’affaire : cela vient de votre cerveau, votre cerveau saure le reconnaître (logique, non ?). Et surtout, plus vous vous amuserez à cet exercice, plus il sera facile, et peut-être deviendrez-vous un jour un grand illustrateur. Si vous êtes à l’ordinateur, vous pouvez aller chercher des images « clipart » sur un moteur de recherche : choisissez la fonction « image », puis aller chercher dans les fonctions supplémentaires (onglet « plus » ou « recherche avancée ») et sélectionner la fonction « dessin » ou « image clipart ». On trouve aussi des bibliothèques d’images clipart dans les traitements de texte (fonction « insérer image »).

Réviser avec la mémoire auditive : vive la technologie

La mémoire auditive, ce n’est pas pareil que la mémoire verbale ? Eh bien non, bien qu’on puisse les confondre. La mémoire verbale est analytique, elle passe par les aires du langage situés principalement sur l’hémisphère gauche, celui du contrôle et de la raison (pour simplifier). Elle traite aussi bien le mot écrit que le mot entendu. Les animaux n’ont pas de mémoire verbale, car ils n’ont pas de langage parlé. Pourtant, votre chien s’assoie quand vous dites « Assis » ; et votre cheval part au galop quand le moniteur dit « Galop » ? Ils font appel à leur mémoire auditive. Cela veut dire que le son correspondant à « assis » ou « galop » est stocké en tant que son, tout comme le bruit d’une porte ou le claquement d’un fouet. La preuve, si vous dites à votre chien « veux tu t’asseoir » il ne se passera rien (ou alors, faites-lui passer un test de QI). Et souvent, si vous changez d’intonation, ou si quelqu’un avec une autre voix et une autre intonation donne le même ordre, il ne se passe rien non plus.

Pour faire appel à votre mémoire auditive, inutile de vous mettre à quatre pattes. Il vous suffit d’enregistrer vos cours et de vous les repasser à n’importe quel moment : en conduisant (à condition que cela ne vous empêche pas de vous concentrer sur la route !) , en cuisinant, en faisant votre jogging, ou encore allongé sur le canapé, avant de vous endormir. La mémoire auditive traite les sons et les stocke en tant que tels. Si en révisant votre cours d’allemand vous entendez exactement les mots et les phrases tels que prononcés par votre professeur, avec sa voix et son intonation, vous faites appel à votre mémoire auditive (en plus de votre mémoire verbale). C’est la même mémoire que celle de la musique : elle passe par l’hémisphère droit, elle est plus globale, du registre sensoriel et non analytique.

En écoutant un enregistrement de vos cours, deux choses vont se passer. Vous aller stocker l’information en mode auditif : à l’examen, il est possible que certaines phrases vous reviennent exactement comme vous les avez entendues. Néanmoins, votre cerveau, qui ne peut pas s’en empêcher, va aussi traiter l’information verbale, qui alimentera la mémoire verbale. Et ce, même si vous n’avez pas conscience d’avoir entendu le texte : c’est ce qu’on appelle la mémoire subliminale. Ainsi, vous renforcerez encore les connexions autour de cette leçon.

Oui, mais comment enregistrer vos leçons ? Vous pouvez déjà demander au professeur l’autorisation d’enregistrer ses cours avec votre ordinateur : cela se fait de plus en plus. Si ce n’est pas possible, ou si vous étudiez comme moi à distance, par correspondance, vous avez plusieurs solutions. Vous pouvez lire votre cours à voix haute et vous enregistrer avec votre téléphone : cela demande beaucoup de patience. L’avantage par contre, en faisant cela, est que vous pouvez insérer des blancs, voire des questions. Ainsi, en réécoutant l’enregistrement, vous pourrez répéter le texte et mieux les mémoriser. Autre solution : la technologie de synthèse vocale. Il existe de nombreux logiciels de synthèse vocale qui transforment un document en texte ou pdf en document mp3, wav ou autre fichier audio. C’est possible avec Word sous Windows, à condition de télécharger et installer les voix françaises, tout est expliqué ici, mais cela ne marche pas toujours, et ne permet pas d’enregistrer un MP3 directement (à moins de brancher un micro, mais la qualité va en souffrir). Une autre solution consiste à installer un petit logiciel gratuit comme Panopreter basics, c’est expliqué ici.

Réviser avec tous les sens : l’effet Madeleine de Proust

Une autre façon de stimuler les mémoires sensorielles consiste à ancrer une leçon dans un contexte. Pour cela, amusez-vous à réviser dans des endroits différents : au salon, à la cuisine, dans un café, dans un jardin… En révisant, prenez le temps de créer une association entre la leçon et le paysage : regardez autour de vous, imprégnez-vous de la lumière, de l’ambiance, d’un détail marquant. Ajoutez-y des éléments non visuels : odeurs, chaleur, sentiment de confort ou d’inconfort, bruits, musique… Le jour de l’examen, sollicitez ces indices : si vous vous dites « ah oui, c’est la matière que j’ai révisée dans le jardin de mamie, le jour où il faisait si chaud… »  tout va vous revenir comme par magie.

Madeleine Proust revisions examensQui ne connaît pas la Madeleine de Proust ? Dans Du côté de chez Swann, Marcel Proust évoque comment le simple fait de goûter à une madeleine le transporte des années en arrière : « Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (…), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté (…) Quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps. »

Ce n’est pas magique, c’est ce que les cognitivistes appellent un effet d’amorce : une fois de plus, la mémoire n’est pas un grand bidon rempli d’information, c’est un réseau de connexions. Deux neurones activés ensemble se connectent. En regardant le jardin de mamie pendant que vous révisez votre trigonométrie quantique, vous avez créé un chemin entre « jardin de mémé » et « trigonométrie quantique ». Dès lors, dès que vous activerez les neurones associés au jardin de mamie, le reste vous reviendra. Et quand vous réviserez votre trigonométrie, le goût du chocolat de mamie vous reviendra : peut-être allez vous aimer cette matière !