Découvrir le photolangage

J’ai eu la chance de pratiquer récemment un outil d’expression et d’animation à la fois simple et puissant : le photolangage. Il nous a été présenté lors d’une formation de formateurs BAFA de l’association Education-Environnement 64 par un animateur de l’OCCE, Franck de la Moréna, spécialisé dans les méthodes coopératives en matière d’éducation (cf. encadré ci-dessous).

Pourquoi une approche coopérative de l’animation et de l’éducation ? Pour apprendre aux enfants — et aux adultes — à coopérer au lieu de travailler individuellement ou en compétition comme c’est principalement le cas à l’école. Les colonies de vacances, camps de vacances et autres séjours pour enfants ou centres aérés sont un endroit privilégié pour développer la coopération : délivrés de la pression de la performance et de la sélection, les enfants peuvent y apprendre le plaisir de faire ensemble ou de jouer ensemble sans qu’il y ait de gagnant ni de perdant !

Un outil d’animation et de formation

La méthode du Photolangage a été créée dans les années 60 par des psychologues afin de faciliter l’expression d’adolescents qui rencontraient des difficultés à parler en groupe de certaines expériences, parfois douloureuses. Elle est utilisée dans de nombreux cadres comme l’animation, la formation, le coaching ou la psychothérapie, pour les enfants et adolescents mais aussi pour les adultes. A chaque fois, le but est le même : libérer l’expression en utilisant l’image, qui permet de faire un pont entre le ressenti et les mots.

La première étape, la plus difficile sans doute, est celle qui consiste à réunir un ensemble de photos comme support d’expression. Créativité, sensibilité et expérience sont indispensables, ainsi qu’une bonne connaissance de la symbolique visuelle. Il est important d’utiliser des photos en noir et blanc, car les couleurs ont leur propre résonance émotionnelle qui peut venir interférer avec le symbole véhiculé par l’image.

Photolangage et coopération

Lors du regroupement de formateurs BAFA, nous avons utilisé le photo-langage pour présenter notre vision de la coopération. Le formateur a présenté une cinquantaine d’images de format A4, plastifiées, représentant des objets aussi divers qu’une pagode, un engrenage, des bulles de savon, les maillons d’une chaîne, une clé ouvrant une porte… autant d’éléments qui ont donné libre cours à des visions très personnelles, très diverses et finalement très complètes de la coopération.

Alors, pourquoi ça marche aussi bien ? Tout d’abord, l’image permet de libérer ce que certains appellent le « cerveau droit », c’est-à-dire la partie de notre cerveau qui est liée aux symboles, à l’imagination, à la créativité, au ressenti, celle qui permet de faire des liens, des associations, support de l’intuition et de l’esprit de synthèse – qui peuvent être inhibés lorsque le « cerveau gauche » analytique, celui du langage, est en marche. Ensuite, se présenter ou présenter sa vision du monde par une photo permet de placer un intermédiaire entre soi et le regard des autres. Si je parle par le biais d’une photo, les regards portent sur la photo et moins sur moi. Cette protection est capitale, surtout pour les enfants ou les adolescents, les timides, mais aussi pour tous ceux qui s’expriment devant des inconnus, ou doivent parler de sujets complexes ou chargés d’affects.

Sur ces bases, c’est à chaque animateur, formateur, coach ou thérapeute de choisir comment utiliser le photolangage : pour parler d’une thématique, pour permettre à chacun de se présenter, de réfléchir à soi et son avenir, pour parler de ses envies…

Le photolangage en colonies de vacances

Les applications peuvent être nombreuses aussi sur un mode ludique et créatif. Les enfant peuvent utiliser les images pour explorer ou présenter de nouvelles facettes d’un thème de jeu, d’un projet créatif. Nul n’empêche aussi d’imaginer demander à des enfants de s’amuser à créer leur propre photolangage en découpant des photos dans des piles de magazine et en s’en servant pour illustrer une thématique : une fois de plus, on découvrira avec surprise que leur imagination et leur capacité de symbolisation n’a guère de limites, du moment qu’ils sont dans un cadre de confiance.

Anne Gouyon