P1000083Deuxième journée du séjour pour enfants précoces organisé par Kinoa à l’Aube du Chêne en cette fin août. Le principe de ces séjours menés par Alexandre Graci, spécialiste des enfants précoces ou surdoués/ haut potentiel (lui les appelle simplement… les « choucroute », comme leur cerveau qui génère mille pensées enchevêtrées), c’est de réaliser ensemble un projet créatif. Or les précoces, voire tous les enfants d’aujourd’hui, habitués dès l’école à travailler individuellement, ont tendance à se précipiter dans la partie « projet créatif », en oubliant la partie « ensemble ». Or comme le rappelle Alex aux enfants dès le début du séjour : « Vous ne pouvez commencer le projet que si vous me montrez que vous êtes un groupe ».

Mais comment faire un groupe avec 6, voire 8 enfants, et 3 animateurs ? Même des adultes, surtout des adultes, dans les mêmes conditions, auraient du mal à sortir de leurs idées, pour aller vers les autres. Il est parfois plus facile de faire « pour les autres », que « avec les autres ». Faire « pour », c’est facile et valorisant, c’est être dans la toute-puissance. Faire « avec », cela demande du temps, de l’écoute, et du lâcher prise sur ses propres envies. Les enfants précoces, les enfants hyperactifs également, ont particulièrement besoin de travailler cette ouverture à l’autre.

SEJOUR ENFANTS PRECOCES AVENTURE KINOAHeureusement, il existe toute une batterie de jeux « coopératifs » qui permettent de travailler les différentes phases de construction d’un groupe, et donc de la coopération : faire connaissance, s’exprimer, s’écouter, et surtout faire confiance en soi et en les autres… Ces jeux sont d’ailleurs souvent inspirés du travail de préparation de l’acteur, et notamment des travaux d’Augusto Boal, qui a popularisé l’usage du théâtre comme instrument d’expression, y compris politique… car apprendre à coopérer, c’est faire de la politique, au sens noble du terme, celle qui permet de devenir citoyen, membre de la cité (« polis » en Grec ancien).

Quelques exemples de jeux de théâtre à pratique avec les enfants (et les grands !) :

Faire attention aux autres : « Passe la claque »

Pas de violence dans ce jeu, juste le besoin de faire attention aux autres… pas si facile. Tout le monde en cercle, debout, un animateur lance la claque : il claque dans ses mains vers la personne à sa droite en criant « Ha ! ». La personne « claquée » doit passer la claque à la personne à sa droite, le plus vite possible, etc. On compte combien de temps la claque met à faire le tour du cercle, plus ça va vite, plus les membres du groupe sont concentrés.

Progressivement on complique le jeu : la claque peut passer soit vers la droite, soit vers la gauche, une personne peut décider d’inverser le sens, voire, de passer à une personne en face, etc. Le degré d’attention aux autres augmente d’autant.

Des variantes peuvent être introduites, comme dans « passer l’énergie » : yeux fermés, en se donnant la main, on serre la main de la personne à sa droite, qui fait passer à droite, etc.

Ecouter, maîtriser l’impulsivité : « Stop and go »

Le jeu commence de manière facile : tout le monde marche dans un espace délimité, en prenant soin d’occuper tout l’espace et de ne pas « tourner » en rond ni rentrer dans les autres : ce qui demande déjà d’être attentif. Puis le meneur de jeu ajoute une consigne « Quand je dis STOP vous devez vous immobiliser dans la pose où vous êtes, telle une statue, quand je dis ALLEZ vous repartez ». Cette consigne est assez facile à suivre, elle peut être enrichie avec des variantes « ACCROUPI / DEBOUT » par exemple.

Le jeu se complique quand les consignes sont inversées : « Quand je dis ALLEZ, arrêtez-vous, quand je dis STOP, avancez (et quand je dis DEBOUT, accroupissez-vous, quand je dis ACCROUPI, levez-vous). » Le jeu est d’autant plus difficile que le meneur dit « STOP » avec conviction, car il faut maîtriser l’impulsivité qui nous amène à obéir automatiquement, sans que le cerveau ait analysé la consigne « Ah, attention, STOP veut dire avancez ». Un exercice particulièrement utile pour les enfants (ou les adultes !) considérés comme ayant un TDAH, trouble déficit d’attention avec hyperactivité, dans lequel la composante impulsivité est souvent forte, et qui ont justement du mal à prêter attention et suivre des consignes. Or, travailler en groupe, vivre en société demande sans cesse de maîtriser l’impulsivité qui amène à dire des paroles, à faire des gestes que l’on regrette ensuite…

Une variante centrée sur l’attention aux autres consiste à ne pas donner de consigne orale, chacun doit s’arrêter quand le « meneur » s’arrête, il est alors amusant de compter combien de temps il faut pour que tout le groupe s’arrête… Par la suite, le groupe doit s’arrêter quand n’importe lequel de ses membres s’arrête, et repartir dès qu’un membre repart, il faut alors vraiment faire attention à tous et non pas seulement au meneur…

Prendre sa place : « Fuir et protéger »

Quelle place, quel rôle occupons-nous dans un groupe, comment voyons-nous les autres et comment nous situons-nous par rapport à eux ? Pour le savoir, encore un jeu. Comme précédemment, tout le monde marche dans l’espace, et chacun doit choisir « dans sa tête », en silence, une personne qu’il devra fuir, et une personne qu’il devra protéger. Lorsque le meneur dit « Allez-y », chacun doit faire en sorte de protéger son protégé, et de fuir son « ennemi »… Le jeu pouvant être d’autant plus comique que parfois celui que nous fuyons cherche à nous protéger…

Certains tendent à se sentir plus à l’aise dans le rôle de protecteur, ou au contraire plus à l’aise dans la fuite. Il est alors intéressant de recommencer et de se forcer à jouer un rôle équilibré, en allant contre sa tendance naturelle. Celui qui pense trop à protéger les autres apprend ainsi à se protéger plus lui-même, et vice versa.

Faire confiance : le conducteur et la voiture

Ce jeu, parfois aussi appelé « le guide et l’aveugle » est un classique des jeux coopératifs. Par deux, l’un devient le conducteur, l’autre la voiture. Le conducteur marche derrière ou à côté de sa voiture, et communique avec son véhicule par gestes : une petite tape dans le dos pour avancer, une autre pour arrêter, une tape sur l’épaule droite pour tourner d’un quart de tour vers la droite (après d’être arrêté), etc. Il faut donc de l’écoute mutuelle, et de l’attention aux autres pour ne pas « rentrer » dans les autres « véhicules », voire dans le meneur de jeu qui joue à faire le piéton circulant au milieu…

Après cette phase d’entraînement, la « voiture » ferme les yeux et doit alors se laisser guider en toute confiance par son conducteur, qui doit prendre soin qu’elle ne se cogne pas dans les murs, dans les autres… Un très bel exercice d’attention et de confiance à l’autre.

Paradoxalement, le jeu est souvent plus facile les yeux fermés. Nous sommes alors totalement concentrés sur l’autre, le conducteur parce qu’il le sait plus vulnérable, le véhicule parce qu’il n’est plus distrait par le regard. Une leçon fort utile justement pour les personnes souffrant de déficit d’attention : le regard est un sens qui nous pousse à la distraction, le moindre objet ayant tendance à capter notre attention (ce que les sciences cognitives appellent « l’attention exogène »). Fermer les yeux permet d’être plus attentif aux gestes du conducteur. Une leçon à appliquer dans la vie quotidienne : il peut être plus facile d’écouter quelqu’un en dessinant (notre regard est focalisé sur le dessin et n’est pas happé par ce qui est autour), comme le font beaucoup de gens au téléphone, voire d’écouter les yeux fermés.

En parler, tirer des enseignements, appliquer…

Outre l’amusement, l’intérêt de ces jeux est de prendre conscience de nos forces et faiblesses, de trouver des clés pour progresser. D’où l’importance de prendre un petit temps après chaque jeu : c’était facile ? Qu’est-ce qui était difficile ? Quelles solutions avez-vous trouvé pour y arriver ? Est-ce que ça ressemble à des situations de la vie quotidienne, de l’école, du travail ? Quels enseignements pouvons-nous en tirer ? Comment allons-nous les appliquer dès aujourd’hui ? Finalement, jouer, c’est apprendre…