Le TDAH en vacances

La vie des enfants TDA/H* n’est pas toujours simple. A l’école, ces enfants créatifs et bouillonnants ont du mal à exprimer leur talents, puisque la première consigne consiste à rester assis immobiles, eux qui ont tant besoin de mouvement. A la maison, ils épuisent leurs parents avec leur trop-plein d’énergie, leurs réactions impulsives, souvent explosives, qui passent vite pour un trouble d’opposition, surtout à l’adolescence.

NOUVEAU ! Télécharger ici notre e-book Des vacances pour les enfants dys TDAH et precoces web

Les médicaments du type Ritaline, Concerta ou apparentés peuvent parfois les aider à réguler leur énergie et à focaliser leur attention, mais en général, pendant les vacances, les médecins recommandent de les arrêter pour faire une « pause thérapeutique ». Pour de nombreux parents, ces « pauses » sont des moments plus que difficiles, où leur capacité à encadrer leurs enfants sont dix fois plus sollicitées. Eux-mêmes, après une année de travail et de scolarité souvent compliquée, aimeraient bien une vraie pause… La maman d’un enfant TDAH me racontait ainsi désabusée : « j’avais demandé au neuropsy quelques comprimés de Ritaline pour les vacances, pour les jours où mon fils va chez ses grands-parents, ou pour lui permettre de pouvoir profiter d’une visite de musée. Mais selon ce médecin, pas question d’enfreindre la sacrosainte pause thérapeutique, même pour un jour ou deux… Je lui ai proposé de prendre mon fils TDAH dans son cabinet pour les vacances, pour qu’il comprenne un peu mieux ! » Et oui, le quotidien des parents d’enfants TDAH est souvent difficile à comprendre pour ceux qui sont « à l’extérieur », y compris les médecins qui ne sont pas eux-mêmes TDAH ou parents de TDAH !

Les enfants TDAH en colonies de vacances

Les parents qui veulent souffler pendant les vacances envoient souvent leurs enfants en colonies, en camps de vacances… Loin des images d’Epinal des « jolies colonies de vacances » à la Pierre Perret, une colo ou un séjour pour enfants bien choisi, avec un certain nombre d’efforts sur la pédagogie et l’encadrement peuvent être une magnifique occasion de gagner en autonomie, d’apprendre la vie en collectivité, de prendre confiance en soi, de se découvrir de nouveaux talents et bien sûr de nouveaux potes.

Mais les parents d’enfants TDAH s’inquiètent : comment va se comporter mon enfant en colonies de vacances ? Sera-t-il à l’aise dans un grand groupe, pourra-t-il prêter attention à des activités qui ne vont pas forcément toujours l’intéresser ? Quid s’il perturbe le groupe, s’il se fait rejeter par les autres, remarquer par les animateurs ?
Des questions plus que légitimes. Notre expérience de l’an passé, avec plus de 30% d’enfants TDAH dans certains de nos séjours et colonies, indiquent qu’ils en tirent des bénéfices plus que certains, comme les disent les parents eux-mêmes : plus de calme, de maturité, de confiance en eux… Encore faut-il que les circonstances soient adaptés à leur fonctionnement atypique.

Des pistes pour des colonies de vacances et séjours pour enfants adaptés au TDAH

Voici quelques principes que nous avons mis en place avec l’expérience :

1- une colonie de vacances, c’est pour s’amuser… et oublier le TDAH

Une colonie de vacances, c’est une colo, pas un stage de rééducation ou de psychoéducation (nous organisons aussi des stages… mais c’est autre chose !). Dans une colo, on vient pour s’amuser avec les potes, pour découvrir des horizons nouveaux loin de papa et maman, pour oublier l’école… et idéalement pour oublier le TDAH ! En colonie, il nous semble essentiel que ces enfants n’aient pas d’étiquette, c’est pourquoi pour le moment nous n’organisons pas de colonies de vacances « spécial TDAH », et que nous évitons de faire référence au TDAH de l’enfant devant le groupe (sauf si lui-même a envie d’en parler, bien sûr). Après tout, un enfant a mille particularités et mille richesses et ne peut en aucun cas se réduire à son TDAH – surtout en vacances, loin de tout besoin de performances, d’effort cognitif en vue d’un objectif scolaire.

Il est donc important que le parent soit dans cette démarche lorsqu’il inscrit son enfant à une colonie de vacances, qu’elle soit pro-TDAH ou pas. Il ne faut pas y chercher des objectifs particuliers (thérapeutiques, éducationnels…). Si le séjour enfants ou la colo est bien choisi, il y aura sûrement des résultats dans ce sens, mais c’est un bonus !

2-Des colonies de vacances en petits groupes

L’enfant TDAH peut donc parfaitement passer de supers moments dans une colonie avec d’autres enfants TDAH ou pas. Mais il est préférable qu’il soit accueilli dans un petit groupe, qui génère moins de distraction et d’agitation, et qui permet une attention plus personnalisée. Le taux d’encadrement doit être adapté – les normes de la DDCSPP (ex Jeunesse et Sports) prévoient un animateur pour 12 enfants en colonies de vacances (ou « accueil collectif de mineurs ») au-dessus de 6 ans. Notre expérience indique que un animateur pour 5 enfants est un maximum si l’on veut pouvoir rester zen et disponible, notamment face aux petits TDAH qui nous sollicitent plus.

3-Des animateurs expérimentés, formés et sensibilisés au TDAH

Face à des enfants moins concentrés et souvent plus agités que les autres, vite impatients et parfois en opposition, mieux vaut des encadrants avec une vraie formation d’animateur, et surtout de la maturité et de l’expérience.Doivent-ils nécessairement être formés spécifiquement à la psychoéducation du TDAH ? Sans doute non, dans la mesure où il ne s’agit pas d’un stage spécifique, mais bien, comme on l’a dit plus haut, d’une colonie de vacances ouverte à tous.

Il nous paraît par contre indispensable qu’a minima, les animateurs des colonies de vacances soient sensibilisés à la problématique du TDAH, pour en interpréter correctement les manifestations (ne pas prendre pour de la provocation ce qui n’est peut-être que de l’impulsivité) et y être préparé. Un animateur averti en vaut deux !

Un cadre de colo, des loisirs et une pédagogie adaptés au TDAH

– les colonies de vacances nature donnent un très bon cadre de vie pour les enfants TDAH, elles les aident à se poser, à se canaliser.Et toutes les activités de colonies qui sont liées à la nature : poney, rando, pique-nique, arts martiaux ou yoga dans la nature…

– apprendre aux enfants à identifier et canaliser leurs émotions, à les communiquer et résoudre les conflits de manière non-violente, est essentiel pour tous les enfants mais encore plus pour les petits TDAH qui passent vite pour violents ou agressifs alors qu’ils sont juste impulsifs ou débordés par leurs émotions Encore faut-il avoir des animateurs formés à ces techniques, ce qui reste encore peu fréquent en colonies de vacances. Car l’animation non-violente ne s’improvise pas, elle est souvent confondue avec du laxisme alors qu’elle est tout le contraire : une fermeté juste et posée, qui utilise des techniques bien précises qui demandent un certain entraînement et des formations.

– et enfin, n’oublions pas que la clé pour permettre aux TDAH de donner leur meilleur d’eux-mêmes – et ils en ont, des choses à donner, ces enfants aussi hyper-attachants qu’hyperactifs – est de les stimuler à la hauteur de leurs besoins. Ce qui suppose des activités variées, intéressantes, changeantes, créatives… un beau challenge pour les animateurs !

Le TDAH en colonie de vacances : prévenir les responsables

Il est indispensable que le parent prévienne le responsable de la colonie de vacances que son enfant a un TDAH, ce qui permettra à l’équipe d’animation d’y être préparée et adaptée – là encore sans stigmatiser l’enfant. Comme toute information d’ordre médical concernant l’enfant, l’info sur le TDAH restera confidentielle et ne sera pas mentionnée devant les autres enfants, sauf si l’enfant veut en parler lui-même.

Certains parents oublient de nous prévenir, ou alors évitent de le faire parce qu’ils ont peut-être peur que leur enfant soit rejeté ou qu’il ne soit pas accepté. Mais dans la mesure où les animateurs sont expérimentés et sensibilisés, ils accueilleront d’autant mieux l’enfant TDAH qu’ils seront informés de son diagnostic. Ce type d’information doit être porté dans le dossier d’inscription et dans la fiche sanitaire de liaison, obligatoire, et il est surtout important qu’elles fassent l’objet d’une bonne discussion entre parents et direction de la colonie de vacances avant le départ. Là encore, pour mieux accueillir l’enfant avec son TDAH et ses autres particularités (habitudes, régime alimentaire, goûts…).

Le TDAH en colonie de vacances : Ritaline ? Pause thérapeutique ?

La décision de donner ou non des médicaments spécifiques à l’enfant TDAH pendant une colonie de vacances dépend bien sûr du corps médical en concertation avec les parents. La Loi dans ce domaine est très claire : en colonie de vacances, seul l’animateur responsable de l’infirmerie (assistant sanitaire, formé aux gestes de premier secours) peut donner des médicaments à l’enfant, et uniquement sur la base d’une ordonnance médicale, en général remise par les parents.

Pour les animateurs comme pour les parents, c’est le bien-être et la sécurité physique et affective de l’enfant qui doit primer. Un enfant qui ne tient pas en place, qui ne peut pas se concentrer sur une activité, qui est hyperréactif à l’excès, risque de mal vivre sa colo: il ne va pas profiter des activités, et les autres enfants risquent de lui en vouloir de les déranger en permanence. Dans ce cas, il vaut mieux que l’enfant conserve sa médication pendant la colo, et fasse sa « pause thérapeutique » à la maison, dans un cadre connu.

L’idéal serait sans doute de se calquer sur l’école : si l’enfant n’a pas besoin de médication à l’école, il n’y a pas de raison qu’il en ait besoin en colo. Mais s’il ne peut pas supporter l’école sans Ritaline ou Concerta ou l’équivalent, il est probable qu’il en aura besoin aussi en colonie… le plus important, là encore, c’est que cette expérience de la vie en groupe loin du cadre familial se passe bien, pour donner confiance à l’enfant dans ses capacités de bien vivre, y compris avec son mental hyperactif qui fait aussi sa richesse !

*(TDAH/H ou THADA : trouble de déficit d’attention avec ou sans hyperactivité, ce que l’on appelle parfois improprement les « enfants hyperactifs »)